‹ La métaphysique de MaïmonideChapitre 22 sur 87 · PIEU · texte numérisé non relu

PIEU

Or. après qu'ils auraient tous péri, il eût l'-tô impossible qu'il existât quelque chose. D'où il résulterait qu'il n'existe absolument rien. Ce]iendant nous voyons des choses qui existent, et nous-mêmes nous existons. D'oii il suit que, s'il y a des êtres qui naissent et périssent, comme nous en sonuues témoins, il faut aussi un être qui ne naisse ni ne périsse. Dans cet être qui ne naît ni ne jiéril, il n'y aura aucune possil)ilité de périr. Il sera d'une existence nécessaire.

L'être nécessaire ne jieut être tel qui> ])ar son essence ou par rapjiort à autre chose. S'il l'est par rapport à sa cause ; c'est sa cause, par conséquent, qui sera l'être véritablement nécessaire. Il faut donc nécessairement qu'il existe un être dont l'existence soit nécessaire ])ar son essence. Cet être est Dieu (').

Une dernière démonstration qui, au fond, n'en fait qu'une avec la première, consiste à remonter des effets aux causes jusqu'à la cause première.

Nous voyons continuellement des choses passer de la puissance à l'acte. Or, une chose ne passe de la puissance à l'acte que sous l'action d'une autre chose qui, nécessairement, lui est extérieure. Car si la cause du passage à l'acte était immanente à la chose même et qu'il n'y eût aucun empêchement, la chose serait toujours en acte. Comme la série ne peut être infinie, il faut arriver à une cause qui fasse passer de la puissance à l'acte, et qui ellemême soit acte pur sans mélange de puissance ; car, suppose que son essence renfermât une possibilité, cet être pourrait, à un certain moment, ne pas exister en acte. Cet être dont l'essence exclut toute possibilité, qui est acte absolu, c'est Dieu (").

« Il est donc clair, conclut Maimonide, que l'existence de Dieu, être nécessaire, sans cause, dont l'existence est

I. Pour toute cette démonstration, Muimonide s'est inspiré d'Aviecnne ; voir Nadjàt, j>. (îo et suiv. Cf. Carra de Vaux, Avicennc (Paris, it}oo), p. 266 et suiv.

a. Guide, II, cli, i, p. 43-

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en soi cxcruiite de toute possibilité, est démontrée par des preuves décisives et certaines, que le inonde soit une création e.v ni/tilo ou non (') ».

Nature de Dieu.

Dieu est unité absolument simple, sans composition ni divisibilité. Omnis deterininatio est negatio.

Dieu nu donc pas d'attribut essentiel. L'attribut est nécessairement de deux choses l'une : ou bien il se confond avec l'essence, il est aiialyti(juc. et alors nous sommes en présence d'une juin' tautologie : ou bien il s'ajoute au sujet, il est une circonstance de l'essence, il est synthétique, et donc un accident ('). Mais il ne saurait y avoir, en fait d'unité réelle, qu'une essence une et simple, excluant toute idée de multiplicité ('). A cela il faut ajoutei- que poseï- en Dieu des attributs, ce serait admettre d'autres essences éternelles (').

Tout attribut aflirniatif doit rentrer dans l'une des cinq classes suivantes :

I" La chose a pour attribut sa définition. Exemple : « L'honmie est un animal raisonnable ». C'est là une simple tautologie. Ce genre d'attribut ne peut pas s'appliquer à Dieu, car Dieu n'a pas de causes antérieures qui aient diHerminé son existence, de manière qu'elles puissent servir à le définir. Dieu ne saurait èti-e défini (').

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