‹ La métaphysique de MaïmonideChapitre 48 sur 87 · I. Ib., (11. ai. - i. Cuidc. II, cil · texte numérisé non relu

I. Ib., (11. ai. - i. Cuidc. II, cil

simple ne peut émanei- qu'une chose simple : 2° il faut toujours nécessairement qu'il y ait une certaine relation entre la cause et l'ell'et : par exemple la quantité ne saurait émaner de la qualité, ni la matière de la forme ; 3° tout agent qui opère avec dessein et volonté, et non de par sa nature, peut accomplir des opérations diverses et nombreuses : '(" un tout composé de substances diverses juxtaposées forme plus véritablement une composition qu'un tout composé de substances diverses mêlées ensemble : les os ou les nerfs sont plus simples que l'ensemble de la main ou du pied.

Ces pi'opositions reçues comnu* démontrées, nous demanderons : comment les intelligences pures ont-elles pu devenir la cause des sphères émanant d'elles ? Quel rapport y a-l-il entre la matière des sphères et l'intelligence pure, ([ui est absobinuMil immatérielle? Supposé même que cha([ue sphère eût pour cause une inteUigence, laquelle serait composée en ce qu'elle se pense elle-même et qu'elle pense ce qui est en dehors d'elle — si bien qu'elle est en cpiclquc sorte composée de deux choses, dont l'une produit l'autre iniclligenco ([ui est au-dessous d'elle, et dont l'autre produit la spiière — on ])ourrait demander :

Cette chose une et simple dont émane la sphère, comment a-t-elle pu produire la sj)lière, puisque celle-ci est composée de deux matiè.ies et de deux formes: d'une part la matière et la forme de la sphère, d'autre part la matière et la fornu; de l'asti'c fixé dans la sphère ? Si donc tout se passait par voie de nécessité, il faudrait supposer dans celle intelligence composée une cause également composée de deux [larlies (idiil l'uiu' produisît le corps de la sphère et l'autre le corps de l'astre. 11 ne faut pas oublier non plus que la matière des astres dilfère et que tout corps est composé de matière et de forme.

De même, la diversité du mouvement des sphères n'est pas en rapport avec leur ordre successif. En outre, si la matière de toutes les sphères est une, comment se fait-il que les corps célestes ne recMjivent pas successivement la

forme les unes des autres, coiuine eela arrive dans le inonde sid)lunaiie où la matière première qui est une est susee[)tiljle de revêtir toutes les Ibrnies? Chacun des corps célestes ayant une existence tjui lui est particulière et à laquelle ne pai-licipcnt point les autres, comment se fait-il pourtant qu'il y ait couununauté en ce qui concerne le mouvement circulaire des sphères ou la fixité des astres ?

Dans riiypothèse de la nécessité, tous ces phénomènes demeurent iiiex[)lical)les, tandis ([ue tout devient clair ilès l'instant ([u'on [lo-se un Créateur (jui a agi avec inleiition. de par la libre volonté de sa sagesse incomi)réhensilde.

Aussi bien, remarque Ma'imonide ('), si nous évitons de professer réternité du monde, ce n'est pas que le texte scriptuiaire pi'oclame absolument et sans contestation possible la création du monde. Les textes pourraient être interprétés allégoriquemcnt en faveur de l'éternité'. Deux raisons nous ont engagé à ne pas recourir à l'inlei-prétation allégorique en l'espèce : i° l'éternité tlu monde n'étant pas démontrée, il ne convient pas de faire violence au texte ; 2° admettre l'éternité comme une nécessité à la façon d'Aristote, ce serait saper la religion ])ar sa base, laxei- de mensonge tous les miracles, tout ce que la religion a fait espérer ou ci'aindre.

(^)ui- si l'on s'avisîit d'adiiu'ttre l'cterniti' au sen> platonicien ('), on ne commettrait pas d'iu-résie et l'on ne serait pas acculé à nier les miracles. On pourrait expliquer les textes dans le sens de cette doctrine et même trouver des passages qui l'ajqiuienl. Mais comme cette opinion n'est pas ilémontrée, il n'y a ])as lieu de s'y rallier. Nous prél'é'i'oM-; ]>i'endre les textes dans leui- sens littéral, et nous disoii- que la religion nous a fait connaître une réalité (pie nous sommes incapables de concevoir, et le miracle atteste la vérité de noire doctrine.

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