‹ La métaphysique de MaïmonideChapitre 49 sur 87 · I. Oiiidf, II, cil. 3.'i · texte numérisé non relu

I. Oiiidf, II, cil. 3.'i

a. Cf. Ib., cil. i3, p. ii>; cl suiv.

Dès qu'on admet la création, on ollet, tous les miracles deviennent possibles. A toutes les questions que les faits merveilleux soulèvent on répondra : « C'est ainsi que Dieu l'a voulu », ou bien « C'est ainsi que l'a exigé sa sagesse ». De même qu'il a fait naître le monde sous telle forme quand il l'a voulu, sans que nous puissions sonder sa volonté sur ce point ni savoir pourquoi il a choisi telles formes et telle époque particulières, de même nous ne saunons comprendre sa volonté ni sa sagesse, cpiand il a déterminé les circonslances des miracles. Si la nouveauté du monde était démontrée, ne fût-ce ([u'au sens platonicien, les objections îles philosophes tomberaient : au contraire, une fois l'éternité de l'univers établie à la façon dont le veut .\i'istote, ce serait la ruine de la religion (').

Si la croyance à la création est un article de foi fondamental, il n'en est pas de même de la périssabilité du monde ('). Croii'(> à la perpétuité de l'univers n'a rien de coiiti'aire ;i la foi. Le monde n'est pas né comme naissent les choses physiques, soumises à une loi naturelle. Ce qui est né selon le cours naturel des phénomènes doit nécessairement périr selon le cours de la nature : les choses nées dépouillent leurs foi-nies et se dissolvent en leurs éléments ori|;;inels ]iour revêtir de nouvelles modalités. Mais, dans notre doctrine, qui attribue l'existence des choses et leur dissolution à la volonté de Dieu, et non à la nécessité, rien ne nous force d'admettre que Dieu, après avoir produit une chose, doive nécessairement la détruire. Il est possible qu'il lui confère la permanence. Ainsi en est-il. par exemple, des âmes des hommes supérieurs qui, bien (jue créées, sont immortelles. En somme, la spéculation nous amène à cette conclusion : que le monde n'est pas nécessairementt soumis à la destruction.

Mais nous allons plus loin : nous nous appuyons d'un

I. Ciiiide, II, cil. a3, p. 1S2; cli. aS, p. njg; cli. 2g, p. 22(i: ch. 3o, p. 334a. Guide, II, ch. 3;.

grand noniljre de passages pour soutenir la perpétuité du inonde, et nous prétendons que tout ce qui pris litléi-alemcnt semble en indi(juer la périssabilité est évidemment une allégorie (').

Nous sommes donc d'aceord avec Aristote pour la moitié de son opinion. Nous croyons que cet univers existera perpétuellement avec la nature dont Dieu l'a doué et que rien n'en sera changé si ce n'est dans quelque détail et par miracle, quoique Dieu ait le pouvoir de le changer totalement ou de le réduii-e à néant. Cependant le monde a eu un commoncoment. el, à ["origine. ri<'n n'était en dehors de Dieu. Sa sagesse a exigé ipi'il produisit la création au inoiiieiit oii il la produite. (]ue ce (pi il avait produit ne lut |)as réduit à néant, ([ue it-ioïKiniie du monde ne fût changée en rien si ce n'est dans quelques particularités. (^)uel([ues-unes des modifications introduites par le Créateur nous sont connues, il en est d'autres tjui nous demeui-ent cachées et (pii aiipailiemient ;i l'avenir (').

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