‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 105 sur 581 · De l'expression « de soi · texte numérisé non relu

De l'expression « de soi

Aristote, dans ses Derniers analytiques, a pris un soin extrême d'expliquer deux expressions dont il fait partout grand usage, et dont nous avons déjà dit quelque chose.

La première expression est y.aO' aJTs; : les interprètes latins l'ont rendue par les mots per se, et en français on la traduit littéralement par les mots de soi.

Écoutons le philosophe nous enseigner la signification de ce terme (1).

« Sont de soi {perse, xaô' aura), toutes les choses qui sont dans l'essence (2); par exemple dans le triangle la droite, et dans la droite, le point. Car on a là des éléments constitutifs de l'objet dont on parle, et il faut les nommer pour dire ce qu'est l'objet auquel ils se rapportent. »

Comment, en effet, dire ce qu'est un triangle, sans dire ([u'il est formé par trois droites? La droite entre donc de soi dans tout triangle.

« De même, toutes les choses tellement contenues dans un sujet, qu'on ne peut les définir sans nommer le sujet. Par exemple : droit et courbe s'appliquent à la ligne ; pair et impair s'appliquent au nombre, aussi bien que premier, composé, carré, produit de facteurs inégaux. Dans toutes les définitions de ces choses, entrent ici la ligne, là le nombre; et dans les autres exemples semblables, je dis que les choses présentant le même caractère sont de soi. «

Ce qui est droit ou courbe est de soi une ligne, parce qu'il n'y a qu'une ligne qui puisse être droite ou courbe. Ce qui est premier, multiple, carré, cubique, est de soi un nombre, parce qu'il n'y a qu'un nombre qui puisse avoir un tel attribut.

Uemarquez, en passant, la dill'érencc entre ces deux cas

(1) Derniers (innliitiq., liv. I, rliap. iv,

(2) Kaô'aûtàô'offa Ojtâpyei tî èv Tii tî êttiv.

120 LIVRK H. NOTIONS MÉTAPHYSIQUES.

OÙ s'applique re.xpression de soi. La ligne entre de soi dans le triangle, dont elle est comme l'élément matériel. Le droit ou le courbe contient de soi la ligne, dont il est comme élément formel.

« Au contraire, toutes choses qui ne sont ni de Tune ni de l'autre de ces façons, je les appelle accidents. Par exemple, il est accidentel à l'être vivant d'être musicien ou blanc. »

En effet, un être peut exister vivant sans exister musicien, et on peut définir le blanc sans parler de l'être vivant.

M De plus, se dit de soi ce qui ne se dit pas d'un sujet qui soit à la fois autre chose. Un marcheur peut en même temps être un blanc; mais la substance et tout ce qui signifie le sujet individuel ne peuvent pas être autre chose que ce qu'elles sont. »

Pbrase obscure, exprimant qu'une cbose est dile de soi lorsque son concept se termine en soi-même, sans mélang-e étranger; et c'est ainsi que le Philosophe résume sa pensée : « J'appelle donc de soi les choses qui ne se disent pas d'un sujet; et accidents les choses qui se disent d'un sujet. »

« Il y a encore un cas à considérer. Tout ce qui provient à quelque chose par soi-même est de soi; tout ce qui ne provient pas par soi-même est accident. Par exemple, si pendant qu'on marche il parait un éclair, c'est un accident ; car ce n'est pas en vertu de la marche qu'a brillé l'éclair, et nous disons alors qu'il y a eu coïncidence., iWh. cruvÉêy], cpatxa'v, aouTo. Au contraire, si quelqu'un s'étrangle et meurt de strangulation, la mort suit de soi, et ce nest pas par simple coïncidence ou pur accident qu'un étranglé cesse de vivre. »

Résumons cet enseignement : Aristote nous donne quatre acceptions de l'expression : de soi, perse, y.-J)' ab-Jz. Ce terme s'emploie : 1° quand il s'agit des constitutifs de l'essence ; 2° quand il s'agit d'un attribut qui contient implicitement son sujet; 3° quand il s'agit d'un sujet lui-

Page 1