‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 108 sur 581 · CHAPITRE 111. — Ds: l'être accidentel · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. — Ds: l'être accidentel

Ainsi le géomètre, étudiant les propriétés essentielles du triangle, ne peut pas décider par ses calculs si le triangle est en bois ou en fer, s'il est blanc ou noir, s'il est chaud ou froid. Car ce sont là des propriétés qui ne dérivent pas de la figure; ce sont les qualités accidentelles au triangle, en tant que triangle. Ainsi encore, l'architecte, construisant une maison suivant toutes les règles de l'art, no peut ni deviner ni prévenir les caprices et les fantaisies de celui qui viendra habiter cet édifice.

Il est vrai, dit Aristote en poursuivant sa vigoureuse analyse, il peut arriver qu'un architecte construise une maison convenable à la santé; mais ce n'est pas en tant qu'architecte, c'est en tant que médecin qu'il règle les conditions hygiéniques de la construction. Or il est accidentel à un architecte d'être médecin (1). Rien dans la notion d'architecte ne conduit à la notion de médecine ; ce sont deux notions totalement étrangères l'une à l'autre.

De même, continue le Philosophe, un cuisinier qui ne vise qu'à flatter le goût, peut préparer un mets qui soit salutaire ; mais cet aliment ne sera pas salutaire en vertu précisément de la science culinaire; nous disons donc que c'est un fait accidentel. Cet aliment est comme le prépare le cuisinier; mais celui-ci n'est pas la cause de ses propriétés hygiéniques (2).

Cette distinction entre l'être par soi et l'être par accident est une des plus belles analysés du Stagirite. C'est une lame d'acier qui pénètre dans le sophisme pour séparer des propositions capticusement unies. « Car la plupart dos sophismos, pour no pas dire tous, jouent sur l'accident. » — (( L'accident n'est en quelque sorte qu'un nom (3), » — Aussi « Platon n'a pas mal dit, on donnant le non-être pour objet de la sophisti([ue » .

(1) 'AÀXà (SM'ii&r, îarpôv îTvai tôv oIxoooijiov. (Arislole, au iiK^mo cmlroil, ainsi que les citations suivantes.)

(2) \ù, iT-dvi6-o c6a[AÉv, y.aî iaTtv w; ■ko\z\, âTiXwî oV/j.

(3) 'fianep yàp ôvo|j.â ti |i6vov tq (ïu[x6e8Y)y.6; âctiv.

124 LIVRE II. x\OTIOXS MÉTAPHYSIQUES.

Coriscus, poursuit le Philosophe, est grammairien et musicien. Or rien dans la notion du grammairien n'a trait à la musique. Conclure du grammairien au musicien ou du musicien au grammairien, parce qu'ils se rencontrent dans un même sujet, c'est un sophisme. « // apparaît donc que l'accident est quelque chose qui avoisine le nonêtre (1). »

Page 1