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Pourquoi ces réalités portent le nom d'accidents

L'accident, avons-nous dit plus haut avec Aristote, est voisin du non-être. Comment donc peut-on donner le nom d'accidents aux diverses réalités qui dérivent de la sul)stance?

Pour répondre à cette question, rappelons encore la théorie d'Aristote sur le changement. Lorsqu'un homme marche ou s'asseoit, tombe malade ou revient en santé, cet homme reste le même, mais il change d'état. Je puis donc distinguer en lui, d'une part co qui demeure, d'autre part ce qui va et vient. Une fois cette distinction faite, je puis de nouveau réunir ensemble les deux parts, et le tout m'ap-

(1) Aiislolc, Phys., liv. H, chap. i.

(2) «tûffi; ÈCTTÎv àpj(Ti Tr,; éxàdTou xwv Ôvtwv y.iv/idîu); t; xai r;pî|i{a;

Aûtri ûè oùÔèv ëiepâv éffTtv, el (xri oOaîa" en -^à.^ .tt;; oOriia; ly^si ti^v xoiaÛTTjv ôOva(j.u, Y)Youv xîvTidiv xai ripefjiîav. (S. Jean Dainasc, Dialecl., cap. xi..)

parait comme un assemblage complexe formé de deux réalités, la substance et le mode.

En d'autres termes, si je considère la substance comme une réalité active, je reconnais qu'elle est la source d'où dérivent s^a divers états; mais si je considère la substance comme un sujet, elle m'apparait comme recevant et contenant des déterminations qui ne lui sont pas nécessaires, mais qui lui arrivent. Et ce dernier point de vue logique, qu'il ne faut d'ailleurs jamais séparer du premier, légitime le nom à' accidents donné à toutes les modifications, à toutes les manières d'être qui vont et qui viennent dans la substance.

De même dans l'ordre abstrait, l'être véritable est Vessence. Les qualités, les quantités, les relations sont des choses qui n'altèrent pas l'essence, mais qui sont réunies à l'essence par contiguïté. Leurs concepts ne résultent pas nécessairement du concept de l'essence; ils sont contingents. c'est-à-dire, ils viennent s'ajouter au concept de l'essence. Je dis : Voici un lion, grand, furieux. — Lion : c'est l'essence, c'est l'espèce. Voilà ce qui constitue l'être, et cette essence ne change pas. — Grand, furieux : autant de qualités contingentes dont les concepts s'ajoutent dans mon esprit au concept de l'essence sans le modifier, autant de déterminations qui se rencontrent accidentellement dans ce lion; car elles pourraient ne pas s'y trouver, sans qu'il cessât d'être lion.

Les réalités qui vont et qui viennent dans la substance peuvent donc être appelées des accidents, en vertu d'une séparation logique entre ce qui demeure et ce qui apparaît ou disparait. Et cette séparation est légitime, parce qu'elle n'est que l'expression de la mutabilité essentielle aux êtres qui ne sont pas l'Etre pur.

En résumé, deux sortes d'accidents que la Scolastique distingue par des qualifications difïérentes.

Les uns sont appelés accidentia per se, parce qu'ils sont des réalités qui se distribuent suivant les catégories de

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