CHAPITRE III. DE l'ÊTRE ACCIDENTEL
Il en est de même dans Tordre logique. L'être qui se dit « de soi » est le substantif; et l'être qui suppose un sujet dont il se dit, est l'adjectif.
Ces deux ordres se correspondent, et Aristote les considère à la fois dans le passage suivant :
« L'être se dit de soi, ou par accident. Par accident : quand nous disons, le juste est musicien ou l'homme est musicien. Et quand nous disons l'homme est musicien, c'est comme lorsque nous disons que le musicien bâtit; car il est accidentel au musicien d'être architecte, et à l'architecte d'être musicien. Il en est de même, lorsque nous disons que l'homme est musicien, ou que le musicien est homme, ou que le musicien est blanc, ou que le blanc est musicien (1). »
En effet, ce sont là des contiguïtés accidentelles entre le substantif et l'adjectif. Dans toutes ces phrases, le verbe n'est qu'une copule indiquant la simple coexistence dans un même sujet. Mais cette coexistence ne porte pas en soi sa cause, sa raison; on ne peut donc asseoir un raisonnement sur l'être accidentel; il n'y a de scientifiquement connu que ce qui entre de soi dans le sujet.
J'ai insisté longtemps sur cet enseignement d'Aristote, pour deux motifs :
Le premier est de familiariser le lecteur avec la langue péripatéticienne. Autrement, il ne comprendrait pas des phrases telles que celle-ci : « d'une statue, la cause de soi est le statuaire, et la caM^e par accident est Polyclète et tout ce qu'est Polyclète (2) ». Ce qui veut dire : si Polyclète a sculpté une statue, c'est en tant qu'il est statuaire, et non en tant qu'il se nomme Polyclète, ou qu'il est blanc ou qu'il est homme.
Le second motif do bien comprendre la doctrine précédente, est qu'elle fournit une méthode générale pour puri-
«ionpralissimiiin. eril ejiis diffinitio qiiod subslanlia esl res, cui quiddilali dohotur esse non in aliquo. (S. Tlioin., De potettt., q. vu, art. 3, ad i"".)
(1) Métnphys., ViY. V, chap. vu.
(2) Aristote, Mclaphys., liv. V, ciia|>. ii.
iier les notions. Car elle permet de séparer l'essentiel de l'accidentel, en vertu de l'immutabilité de Fessence et de la variabilité des accidents. Cette méthode est, du reste, d'un usage général dans les sciences expérimentales. Ainsi, pour découvrir par l'expérience quelles lois régissent la chute des graves, le physicien fait varier la nature et la forme du mobile, le mode de chute, le milieu ambiant; et c'est ainsi qu'il parvient à discerner l'influence essentielle de la pesanteur, parmi les autres influences accidentellement concomitantes.