Omne quod movetur ab alio movetur
Voici l'un des aphorismes les plus célèbres de la philosophie péripatéticienne : <( Tout ce qui est en mouvement et mù par un autre. » Tout ce qui change, subit une action étrangère; l'agent et le patient sont différents.
Aristote exprime cette proposition en plusieurs passages de ses œuvres, mais c'est surtout au livre V do sa Métaphysique qu'il l'expose :
« On nomm(3, dit-il, « puissance » le principe du mouvement ou de la mutation produite dans un autre sujet, ou dans le même en tant qu'il est autre: ainsi, la puissance de bâtir n'est pas dans l'éditice. Il est vrai, la puissance de guérir p<Hit être dans celui qui est guéri, mais ce n'est pas en tant ((uil est guéri. Donc la puissance est le principe du changement ou du mouvement dans un autre sujet ou dans le même, mais en tant qu'il est autre. — Il y a en outre une autre sorte de puissance qui provient d'un autre sujet, ou du même, mais
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toujours en tant qu'il est autre; c'est la puissance de subir une action (1). »
Sous ce langage concis, on reconnaît la puissance active et la puissance passive dont nous avons parlé au livre précédent. Or, dans les deux cas, le Stagirite soutient que le mouvement d'un sujet provient d'un autre sujet; et c'est de cet enseignement que l'on a tiré les définitions classiques de chaque puissance : Potentia activa est pri?icipium motus in aliud quatenus est aliud. Potentia passiva est principium motus ah alio quatenus est aliud. Ou pour employer les termes mêmes de saint Thomas :
Potentia activa est principium agendi in aliud; potentia vero passiva est principium patiendi ab alio, ut philosophus dicit 5 Metaphys. (2).
Dans ces deux définitions, est renfermé l'adage : Omne quodmovetur, movetur ah alio.