Aristote et ses interprètes scolastiques
Mais on se tromperait si l'on pensait que l'École scolastique a suivi servilement la doctrine du Stagirite. Prétendre que nos docteurs des douzième et treizième siècles ne connaissent pas d'autre argument que le : Magister dixit, c'est faire preuve d'ignorance autant qu'insulter l'époque du plus bel épanouissement philosophique. Ces grands hommes, tout en expliquant un païen, savaient qu'ils avaien été délivrés par la Foi de toute captivité, et que Dieu leur avait donné en bien propre les dépouilles d'Egypte.
Voulez-vous entendre quelques témoignages de cette
antique indépendance? C'est, au fond de l'Orient, saint Jean Damascène, si versé dans la philosophie grecque. « Introduisez-vous, dit-il, parmi vous saint Aristote comme un treizième apôtre, et préférez-vous un idolâtre aux auteurs inspirés (1)? » C'est, à l'Occident, Albert le Grand, répondant à des sectateurs serviles du Philosophe : « Celui qui croit qu' Aristote est un dieu, doit croire qu'il ne s'est jamais trompé. Mais si l'on pense qu'il est un homme, on doit tenir qu'il a pu se tromper comme nous (2). »