Des actions immanentes
J'ai dit plus haut (ju'on appelle actious immanentes \qs opérations vitales, telles que les sensations, les pensées, les désirs et les vouloirs. Or leur nom même, en signifiant que ces actions demeurent dans le sujet qui les produit, semble contredire le principe que nous venons d'établir. Il y a, pour le moins, lieu de rechercher si l'on ne doit pas user de restriction, lorsqu'on affirme que toujours l'action est dans le patient.
En présence de ces faits de l'ordre vital, on peut choisir entre deux voies cootraires. La première consiste à admettre que, dans les actions dites u immanentes », l'action réside formellement dans l'agent considéré comme agent. 3Iais on se trouvera alors engagé plus qu'on ne voudrait. Il faudra conclure qu'un être peut agir sur lui-même, se mouvoir lui-même, et que le même peut, à la fois et sous le même rapport, être moteur et mobile. Eu un mot, on devra renoncer à la doctrine que saint Thomas formule si nettement dans ce texte que nous connaisons déjà :
(1) Physiq., liv. 111, chap. iii. — On peut lire avec profit cette question traitée par Fonseca {Metapiiys, lib. V, cap. xv, qu. 8;. — Mais, comme il importe de bien connaître la doctrine de saint Tliomas, et que certains textes sont difficiles à accorder ensemble, j'engage à étudier la discussion à laquelle s'est appliqué le célèbre dominicain François Silvestri (surnommé Ferrariensis), dans ses commentaires sur la Somme contre les Gentils, liv. II, chap. i, II, conclut ainsi :
0 Puto igitur de mente S. Thomre et Philosophi, quod actio essentialiter sumpta sit in patiente subjective, licet rclalio quam connotat sit in agente. Agens enim per virtutem suara appropinquatam passo disposito producit formam. de esse imperl'ecto ad perfectum procedendo (loquendo de agente cum motu); et ipsa forma existens sub esse imperfeclo cum tendenlia ad perfectum, dicitur actio connotando respectum agentis ad id quod fit. »
Et plus loin, en expliquant un texte qu'on lui oppose :
" In illis locis, loquitur S. Tliomas de actione quantum ad relationem connotatam; relatio enim imporlata nomine action is est in agente. et relatio importata nomine passionis est in patiente. Et universaliter ubi dicitur a S. Thoma actionem esse in agente, intelligendum est aut de relatione per actionem importata aut de aclione immanente. »