CHAPITRE II. PRINCIPK d'OPPOSITION. ITl
Impossibile est quod, secundiiin idem et eodem modo, aliquid sit movens et motum, vel quod moveat seipsum. Omne ergo quod movetur, oportet ab alio moveri (1).
Mais partir de faits aussi mystérieux que la vie ellemême, pour aboutir à nier des principes d'évidence première, est une méthode condamnée par la saine logique.
Fidèle, au contraire, à cette règle qu'il faut partir du mieux connu pour aller au moins connu, lécole péripatéticienne s'est appliquée à rendre compte des phénomènes vitaux par les maximes incontestables de la métaphysique. Avant tout, elle tient à sauvegarder le grand principe de la distinction entre l'agent et le patient. De là, sa théorie de l'intellect passif et de l'intellect agent. De là, son attention à analyser les motions réciproques des facultés : l'intelligence appliquant la volonté à Tacte en lui montrant le bien, et la volonté agissant sur l'intelligence pour la faire entrer en exercice. Toujours nos docteurs ont soin de montrer que le moteur n'est pas le mobile : et sic patet quod non est idem movens et motum secundum ide?n (2). Partout où ils reconnaissent une modification dans un sujet, ils Tattribuent à la passivité et non à l'activité, car un être ne reçoit rien par son action : agens, in quantum est agcns, non recipit aliquid, sed in quantum agit motum ab alio, sic recipit aliquid a movente (3).
Par conséquent, lorsqu'on dit que les actions immanentes demeurent dans l'agent lui-même, on doit prendre cette proposition, non dans le sens formel, mais uniquement dans le sens matériel. Ne peut-on pas dire aussi, dans ce dernier sens, qu'une locomotive se meut ellemême, qu'elle agit sur elle-même, que son action demeure en elle-même, puisque toutes les actions et les réactions des divers oruanes sont contenues dans la machine? Bien
(1) s. Thom., I. q. 2, art. 3.
(2) Id,. I, II, ([. 9. art. 1, ad 3""'.
(3) Id., 1, II, q. 51, art. 2. ad 1'""
172 IJVRK ni. — CAUSK EFFICIENTE.
plus, ne doit-on pas dire que le feu met en mouvement toute la machine, et que la machine entraîne le feu? Et cependant, si on analyse le système, on reconnaît qu'il y a toujours distinction entre la pièce motrice et celle qui subit Taction, et qu'on ne trouve pas un seul organe qui soit à la fois moteur et niol)ilc sous le même raj)port.
Sans doute, on ne peut assimiler à un mécanisme matériel le système de nos facultés spirituelles, puisque d'un côté tout est inerte, de l'autre tout est actif. Mais cette activité elle-même ne peut se déployer sans une intervention étrangère. Car rien ne peut passer de la puissance à l'acte, sinon par l'influence d'un être déjà en acte : nihil reducitur de potentia in actum nlsl per aliquod eus actu (1).
D'ailleurs, celui qui voudrait pénétrer plus intimement dans le jeu actif de la vie et considérer la pensée et la volition en tant quelles procèdent des facultés, reconnaîtrait bientôt que ces opérations diffèrent plus que spécifiquement des actions proprement dites. Il y parviendrait par l'étude des passions correspondantes; car, lorsqu'on applique aux opérations spirituelles, considérées en ellesmêmes, les mots « passion, motion », on détourne ces ternies de leur signification primitive (2). Qu'on lise saint Thomas expHquant cette sentence d'Aristote : « Penser, c'est une sorte de pâtir » ; cette passion, dit-il, n'est ni un dommage, ni une modification, mais uniquement un passage de la puissance à l'acte (3). Aussi doit-on comparer la présence de la pensée dans l'intelligence, à la présence des images dans un miroir qui les reçoit sans subir ni modification ni altération aucune ii.
Or de la nature de la passion on doit conclure à la
(1) s. Thoin., I. q. 79, art, 3.
(2) Moveri et pâli sumunlur fequivoce, secundum quod iiilelligere dicitur esse quoddam moveri vel pati. (S. Thoiii. I, q. 14, art. 2, ad '1 "".)
13) S. Thoin., I, q. 79, art. 2.
(i) Voir S. Tliomas, Pktj.sic, lib. VII, lect. G et Alb. le Grand, Phys., lib. VII, Iract. I, cap. i.