Résumé de ce chapitre
Pour expliquer le principe d'opposition entre la cause et l'effet, il a été nécessaire de l'étudier sous toutes les faces. Mais il a pu en résulter un certain éparpillement de l'esprit sur un grand nombre de discussions. Il convient donc de résumer brièvement toute cette doctrine dans un enseignement facile à retenir.
Le principe d'opposition est contenu tout entier dans cette formule : « L'agent agit, — Le patient pàtit. » De cette formule se déduisent trois conclusions que nous avons développées dans trois articles successifs : L'agent et le patient sont différents, — l'agent ne change pas par son action, — l'action est dans le patient.
A vrai dire, ces propositions sont moins des conséquences distinctes que des formules différentes pour exprimer le repos actif de la cause et le mouvement de l'eflet. 3Iais cette diversité est utile, parce qu'elle fait pénétrer dans l'esprit, de plusieurs manières, cette vérité que la causc^ en tant que cause, ne change j^as. Vérité bien importante,
(1) Voir le traité de S. Thomas, De sex privcipiis. On y lit : aActio immanens non est causa effecliva lei ut sit in aclu, sed est idem quod osse inaclu... Ha;c aulcm actio immanens non est directe in piœdicamento actionis. .) (Tract. 1, cap. i.)
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et qu'on doit avoir toujours devant les yeux, si l'on veut marcher d'un pas assuré dans Fétude des causes.
Je l'avoue, il semble à première vue que les faits contredisent cette proposition. Les apparences contraires nous ont entraîné dans de longues et pénibles analyses, surtout quand il a été question des phénomènes vitaux. Mais toutes ces difficultés proviennent de ce que nous avons pris nos exemples parmi les créatures, c'est-à-dire parmi les causes secondes. Or, quelque active que soit une créature, elle est nécessairement passive; elle subit l'action d'autres causes, au moins celle de la Cause Première. Rien d'étonnant, si nous observons des modifications dans ces causes pendant qu'elles agissent, puisque nous avons affaire à des sujets qui sont à la fois agents et patients.
Mais le travail du philosophe est de discerner l'action qui procède de l'agent et la passion qui demeure dans le patient. Par là, il affiuc le concept qu'il s'est formé de la causalité, et il parvient à concevoir la cause pure comme une activité qui, sans sortir de son repos, meut et agite les sujets de son action.
Me direz-vous qu'un tel concept ne s'applique qu'à la Cause Première? — Je vous répondrai : C'est bon signe; c'est la marque que nous sommes dans la bonne voie, puisque l'étude des causes doit conduire l'homme à la connaissance de la Cause Première; c'est le témoignage que nous avons une notion exacte de la causalité pure, puisque nos conclusions sont vérifiées dans la cause purement cause, dans la cause qui n'est que cause.
Ceci m'amène a rappeler à l'attention du lecteur une remarque que j'ai faite au commencement, et qui ne cessera pas d'avoir son application dans tout le cours de cet ouvrage. Qu'il s'agisse de la cause efficiente, ou de la cause exemplaire, ou de la cause finale, toutes les fois que nous parviendrons au concept de la causalité pure, nous noits trouverons en face de la Cause Première. Pourrait-il en être autrement? Ne faut-il pas que les propositions