Cause totale
Lorsqu'un arc-en-ciel se dessine au sein de la nue, qui l'a produit? — Un rayon de soleil. — Qui le maintient? — le même rayon.
Le rayon de soleil est donc successivement cause in peri et cause in esse du phénomène lumineux, ou mieux, il en est toujours la cause unique et totale.
Mais Parc, qui n'existait pas d'abord, est venu à l'existence dans laquelle il persévère, et par suite, nous devons distin,i;uer en lui le devenir et V exister. Puis, transportant cette distinction dans la cause qui reste toujours identique à elle-même, nous disons que cette cause, d'abord cause du devenir puisque l'arc est devenu par elle, est ensuite cause de Yexistence puisque l'arc existe par elle. « Non renianet aer illuminatus, nec ad momentum, cessante actione Solis (1). »
Tel est l'exemple que Dieu a placé sur nos tètes pour être l'image de la Cause inhniment pure, parfaite et totale.
Ecoutons saint Augustin :
Neque enim, ut dicebamus, sicut operatur homo terrain, ut cuUa atque fecunda sit, qui cum fuerit operatus abscedit,
(1) s. Thoin., I, q. lO'i, art. 1.
182 LIVRK III. — CAUSK KFFICIEXTE.
relinquens eam vel aratam, vel satam. vol rigatam, vel si quid aliud, manenle opère quod factumest cum operatorabscesserit : ita Deus operatur hominem justum, id est, justificando eum, ut si abscesserit, maneat in abscedenle quod fecit. Sed potius sicut aer présente lumine non factus est lucidus, sed fit; quia si factus esset, non autem fieret, etiam absente lumine lucidus maneret : sic homo Deo sibi pressente illuminatur, absente autem continuo tenebratur, a quo non locorum intervallis sed voluntatis aversione disceditur ( 1 .
Remarquez cette phrase du grand Docteur : Ae?' non factus est lucidus^ sed fit. Par cette expression on n'entend pas que l'air soit dans un perpétuel devenir, puisque au contraire, il est actuellement lumineux et qu'il ne s'opère plus de changement en lui. Mais on veut dire que si Tair est et demeure lumineux, c'est en vertu d'une perpétuelle illumination, perpétuelle action de la cause et perpétuelle passion du sujet; et par là on nous fait comprendre comment l'opération de la cause reste la même, soit qu on la considère comme cause m esse, soit qu'on la considère comme cause m fieri.
Concluons que la cause efficiente « principale, totale et immédiate » est celle qui est à la fois cause du devenir et cause de rexistence, cause de l'existence par cela même qu'elle est cause du devenir. C'est donc dans une telle cause qu'il faut étudier les grandes lois de la causalité ; par conséquent, c'est de celle-là seule qu'il sera question dans l'article suivant.
ARTICLE II
COMMENT LA CAUSE CONTIENT l'EFFET