Texte important de saint Thomas
Saint Thomas, pour démontrer la perfection divine, s'appuie sur un principe qu'il expose comme il suit :
(1) S.Augustin., De Genesi ad liller., lib. VIII, cap. xii.
CHAPITRK lli. — PROCIPK DUMON. iS'-i
Quidquid perfectionis est in effectu oportet inveniri in causa effectiva, vel secundum eamdem rationem, ut homo générât hominem : vel eminentiori modo, si sit agens oequivocum, sicut in Sole est similitude eoruni quœ generantur per virtutem Solis.
Manifestum est enim quod effectus prœexistit virtute in causa agente. Prff'existere autem in virtute causœ agentis, non est prceexistere imperfectiori inodo, sed perfectiori; licet prseexistere in potentia causai materialis sit prseexistere imperfectiori modo, eo quod materia hujusmodi est imperfecta; agens vero in quantum hujusmodi est perfectum (1).
Tout cet article va être employé à développer et à expliquer ce passage important. Pour procéder avec ordre, je distinguerai deux propositions dans la démonstration de notre Docteur,
Première proposition : L'effet préexiste virtuellement dans la cause efficiente, — Effectus prseexistit virtute in causa agente.
Seconde proposition : Il préexiste d'une façon plus parfaite qu'il n'existe on lui-même, — Prseexistit perfectiori modo.
Expliquons tour à tour chacune de ces propositions.
2. — Première proposition : « Effectus praeexistit virtute in causa agente ».
Cette proposition signific-t-clle simplement que la cause, antérieurement à la production do Feflet, possède déjà le pouvoir de le produire? S'il en était ainsi, il n'y aurait d'affirmé que la préexistence de la cause à Teliet ; et on non pourrait déduire que des conséquences bien courtes.
Mais tel n'est pas le sens de cet adage. Il affirme quo, dans l'otre même de la cause, on doit trouver, on quoique manière réelle, tout l'être, toute la perfection de l'cfiet. C'est la même affirmation qu'on prononce sous une forme
(Ij s. Thomas, 1, q. 1, uil. j.
18V i.ivRi: m. — caisk efficiente.
plus vulgaire et plus proverl)iale : Personne ne donne ce qu'il n'a pas, Nemo dat qiiod non habcl.
On aperçoit sans peine quelle doit être la fécondité d'un tel principe, et comme il importe de l'établir sur des preuves solides.
Or, si l'on demande à saint Thomas la démonstration de cette proposition fondamentale, il se contente de faire appel à l'évidence immédiate : Manifestion est.
Si l'on s'adresse à l'émule de saint Thomas, Scot nous répond, lui aussi, qu'on est en présence d'une vérité première.
Licel ista propositio : ^ Simpliciter imperfectius secundum speciem vel genus, non potest esse totale prineipium activum respectu perfectioris » silmilii a'que nota sicut aliqua in philosophia, qua negata, nescirem probare aliquem ordinem entium; imo nec quod primum ens est perfectissimum; imo posset proterviendo dici, quod totiim universum et quodlibet in eo factum esset a musca. Tamen probe dictam propositionem aliqualiter.
Et après des explications qui sont plutôt des éclaircissements que des preuves, il ajoute :
Dico ergo, quod propter nullas instantias partiales, neganda est ista propositio universalis, qua' nota est ex terminis, quod totale causans a'quivociim est perfectius, quia non teque perfectum : species enim se habent ut numeri (I).
Ainsi, d'après Scot, il est évident que la cause ne peut être moins parfaite que l'effet, et il en conclut que si l'effet n'est pas de même nature que la cause, cette dernière est plus parfaite que son effet.
Laissons de côté, pour le moment, cette dernière conclusion. Constatons uniquement cet accord de toutes les écoles à admettre, comme une vérité évidente, que toute la perfection de l'effet est contenue dans la cause.
(1) Scot., lib. IV, distincl. 12, q. 3, n° 12.