‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 166 sur 581 · Raison dernière de cette proposition · texte numérisé non relu

Raison dernière de cette proposition

Je l'ai dit plus haut, il ne peut y avoir en métaphysique que deux doctrines fondées sur deux propositions formellement contradictoires l'une à l'autre. Suivant la doctrine Hégélienne, l'être procède du non-être; l'existence découle du devenir. Suivant la doctrine traditionnelle, l'être procède de l'être, le devenir provient de l'existence. Pour nous, restons fidèles au drapeau sous lequel nous nous sommes rangés.

L'existence précède la possibilité. Voilà donc la vérité première, l'axiome fondamental. — iMais voyez quelle conséquence lumineuse en découle aussitôt. Un axiome est vrai, non seulement en général, mais dans chaque cas particulier. Donc, pour chaque chose en particulier, pour chaque être pris individuellement, l'actualité précède la possibilité, le devenir procède de l'existence. Donc j)our qu'une chose soit possible, pour qu'elle puisse devenir, il faut qu'elle soit déjà, il faut qu'elle existe déjà de quelque manière. Avant d'exister en soi. il faut qu'elle existe quelque part. — Et où peut-elle exister, sinon dans une chose existante? — Et quelle peut être cette chose, sinon l'être dont dépend son devenir, c'est-à-dire l'être qui est sa cause ?

On est donc forcément conduit à cette conclusion que l'effet, avant d'exister en soi, préexiste dans sa cause. Car, encore un coup, l'Etre prime le non-être, donc l'existence prime la non-existence, donc toute chose qui « devient », devait déjà « exister » de quelque manière.

On a dit, avec une profonde raison, qu'après l'action de la Cause créatrice il n'y avait pas plus de réalité, plus de perfection, plus à'èiva, plus e?itis, mais seulement des êtres plus nombreux, plura enfia. On peut dire, avec non moins d'exactitude, que lorsque cette (]ausc agit, il ne se produit pas plus d'existence, plus existentio', mais ([uil y a des

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existences plus nombreuses, un plus grand nombre d'êtres existants, pliira existentia. Expressions singulières, je l'avoue, et qu'on peut détourner dans un sens panthéiste, mais expressions, qui, bien expliquées, rendent la vérité d'une façon énergique (1).

4. — Deuxième proposition : « Effectus praeexistit in causa modo perfectiori ».

Nous avons entendu saint Thomas affirmer cette seconde proposition : Préexister dans la vertu de la cause agissante, c'est préexister d'une manière plus parfaite. « Pr^t'existere in virtute causae agentis non est pra-existere imperfectiori modo, sed perfectiori. » Et quelle raison en donne-t-il? C'est que la cause, en tant que cause, est un être parfait, en qui par conséquent tout est parfait. « Agens in quantum hujusmodi est perfectum. »

Pour comprendre cette doctrine, recourons au Livre des Causes, ouvrage qui a exercé une si grande influence sur la Scolastique. Nous y lisons cette sentence : Causatiim in causa est per modiim causa', et causa in causato per moclum causât i (2).

L'effet, avons-nous dit, préexiste dans sa cause. Mais il ne peut être là tel qu'il est en lui-même ; car il y aurait un effet dans la cause, et celle-ci ne serait que la collection de ses effets, suivant l'erreur Hégélienne. Non. dans la cause il n'y a rien qui soit effet, il n'y a rien qui ne soit cause. Donc l'effet préexiste dans la cause à l'état de cause. Cau-

(1) Lorsque, dans un système de corps, il se produit des chocs intérieurs, des attractions, des inlluences réciproques, la force vive du système reste la même, bien que les mouvements soient multipliés, el l'on peut dire qu'il n'y a pas plus de mouvement, j^lus motus, mais des mouvements plus nombreux, pliira mota.

A vrai dire, l'état primitif est altéré, et la comparaison est bien défectueuse. Je ne la propose donc que pour montrer la différence qu'il y a entre ces expressions ; plus ends, plurn entia; plus existent nr, plura existentia.

(2) LU). Causar., lectio xii.

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