Similitude de l'effet à la cause
En exposant cette belle théorie, j'avoue que je tremblais à chaque mot, j'hésitais à chaque expression. Ou bien cette expression disait trop, et la moindre exagération, quand il est question de la ressemblance entre la cause et reflet, tend à confondre dans le chaos de la contradiction l'être de la cause et l'être de l'efTet. Ou l)ien, elle disait trop peu, et la moindre restriction enlève à la cause toute sa splendeur et à l'eflet toute sa beauté.
Mais, grâces à Dieu, nos .Maitres nous ont donné une formule qui passe triomphante entre ces deux écueils.
« On doit dire, nous enseigne saint Denys, que les créatures sont semblables à Dieu, parce qu'elles ont été faites à son image et à sa ressemblance; mais on ne doit pas dire que Dieu est semblable aux créatures, pas plus que Ion ne doit dire que l'homme est semblable à son image. Les choses de même ordre peuvent bien être mutuellement semblables, et cette similitude peut être réciproque et de même degré. Mais une telle réciprocité na pas lieu entre la cause et l'effet il). »
Ainsi la formule exacte est la suivante : L'elfet est semblable à la cause, et la cause n'est pas semblable à l'effet.
Saint Thomas va encore plus au fond.
La cause et l'effet ne sont pas deux termes indépendants, contribuant, à part égale, à faire surgir une même relation de similitude. L'effet n'est semblable lorsqu'il existe, que parce qu'il devient semblable à mesure qu'il devient. Donc la similitude qui existe entre la cause et l'effet est le terme d'une assimilation. Or une assimilation, comme l'indique la tournure grammaticale du mot, est une action qui provient de l'agent, mais qui réside dans le patient. C'est un mouvement, et ce mouvement est dans le sujet passif et non dans le sujet actif.
(1) s. Denys, Des noms divins, chap. ix, § 6.