‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 187 sur 581 · Comparaison de l'acte et de l'action · texte numérisé non relu

Comparaison de l'acte et de l'action

La puissance active est dans l'agent, la puissance passive est dans le patient; un seul acte correspond à ces deux puissances, et cet acte est dans le patient.

Cet enseignement en rappelle un autre : La cause est dans l'agent, l'effet dans le patient ; la cause agit par son action et cette action est dans le patient.

Il y a \k un parallélisme frappant que. du reste, je comprends en partie. Car la puissance active est dans l'agent la faculté de produire l'effet; donc elle s'identifie avec la cause, en tant que cause. De même, la puissance passive est dans le patient la possibilité de subir l'effet ; donc elle n'est autre chose que le patient pouvant devenir ce qu'il n'est pas.

Mais quelle relation y a-t-il entre l'acte et l'action? Il faut, en tout cas, que cette relation soit bien intime, car Aristote n'emploie qu'un seul mot, ivÉpvs'.a, et suivant le contexte, les anciennes versions traduisent ce mot grec tantôt par le mot actio, tantôt par le mot actus. Bien plus,

(1) On (Ht aussi : eus potcnlia, eus actu, dans le inôine sens.

20'i LIVRK III. — CAUSK EFFICIENTE.

les scolastiques citent les mêmes textes du Philosophe, soit, en traitant de l'acte, soit en traitant de l'action (1).

Cependant, il faut reconnaître que la distioction dans la langue philosophique de ces deux mots : action^ acte, est un progrès, parce qu'il y a une nuance entre leurs significations exactes.

Tous les deux proviennent du même verbe : agere, mais leur forme grammaticale diffère; actio désigne une tendance, actui> un terme atteint; c'est-à-dire que l'action a pour corrélatif le devenir de l'elfet, et que l'acte a pour covré\?iXiîV eristence de l'elfet. Il en est de même des deux mots : eff'cctio, e/fectus, qui leur sont presque synonymes. On exprimerait ces nuances en latin par les formules suivantes :

Effectione efficitur aliquis, el tandem existit effectus. Actione agitur aliquis, et tandem existit nctus.

L'action dure, tant que la mutation a lieu, et l'acte demeure, lorsque l'effet est fait. Aussi l'action nous apparaît comme un mouvement qui cesse lorsque le sujet du mouvement est parvenu au terme, car alors F « action » se consomme dans 1' « acte ».

Cette distinction nous fait comprendre comment toute la réalité de l'action est dans le patient, suivant l'adage : Actio est in passa. Aucun auteur n'exprime mieux cette doctrine que saint Jean Damascène citant saint Grégoire de Nazianze. Je traduirai le grec en latin, pour conserver au texte toute son énergie.

Sciendum est quod actio est motus, et agitur potius quam agit, ut dicit Theologus Gregorius in oratione de Spiritu Sancto : « Si actio est, agetur utique et non aget, et simul ac acta fuerit, desinet (2). »

(1) C'est conformément aux interprétations des scolastiques. qu'en parlant de Vactioa au chapitre premier, et de l'acte dans celui-ci, j'ai cité les mêmes passages d'Aristote.

(2) 'H lv£pY£iaxîvr-j(jt: èttî, xai Èvspveïtai [xà>>ov y; èvEpyîî... (S. Jean Damasc,

CH-VPITRE IV. DE l'aCTK ET DE LA PUISSANCE. 205

Que l'on médite ces considérations, elles éclairent beaucoup la notion de la causalité.

Tout procède de Fagent, mais tout se passe dans le patient. Si l'effet est produit pai' une série successive de mutations, l'action dure quelque temps, et ne se termine enfin que parce quelle se consomme dans l'effet existant. Si l'effet est produit instantanément, il y a au moins un instant logique qui sépare son devenir de son existence^ et cela suffit pour qu'on distingue l'action et l'acte qui en est le terme. Mais si l'agent est cause totale de l'effet, c'est-àdire, sa cause infieri et in esse, alors l'action et l'effet tiennent tellement ensemble qu'on peut les exprimer par un même mot. C'est encore saint Jean Damascène qui nous l'enseigne :

« Souvent on appelle effet l'action, et action l'effet ; il en est ainsi pour la création et la créature. Car nous disons « toute la création », pour signifier les créatures (Ij. »

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