Dessein de cet ouvrage
Après ces longues considérations sur la Scolastique, il est temps d'exposer le but de cet ouvrage.
Rendre claire la notion de cause en la dégageant des notions adjacentes, montrer comment l'influence de la cause s'épanouit en causalités distinctes,' expliquer la nature de
(1) Encycliq. jEterni Patris.
(2) Alb. Magn. Méiaphys., lib. IV, tract, ii, cap. m. — Voir Melchior Cano sur saint Thomas : De locis theologicis, lib. XII, cap. i.
ces diverses causalités et leur corrélation, enfin dans le jeu des causes simultanées faire voir l'unité et rharmonie : tel est mon dessein. C'est un cadre rationnel pour contenir les grandes maximes relatives aux causes, qui viennent sans cesse dans les traités de nos docteurs. C'est donc une étude préparatoire que je crois utile à ceux qui veulent comprendre saint Thomas dans saint Thomas lui-même.
Pour instituer un traité rationnel des causes, la méthode est toute tracée. Dans une première partie, il faut établir les principes premiers relatifs à la causalité : dans une seconde, il faut montrer l'application exacte de ces principes à toutes les causes de la nature. La première étude est, sans contredit, la plus délicate et la plus laborieuse : elle est délicate, puisqu'il s'agit d'obtenir la notion purement métaphysique de chaque causalité ; laborieuse, car, dans cette ascension vers les cimes de la science, on rencontre à chaque pas des obstacles.
Lorsqu'on formule une proposition générale, les objections tirées de cas particuliers viennent aussitôt la taxer de paradoxe. En toute rig-ueur, j'aurais pu me contenter d'exposer d'abord les principes sans m'occuper des objections, renvoyant à plus tard l'explication des apparentes contradictions. C'est la marche qu'on suit d'ordinaire dans l'enseignement rationnel des sciences, car la solution d'une objection exige souvent un ensemble de connaissances qu'on n'acquiert que successivement. Mais j'ai craint que ce procédé dilatoire n'affaiblît la confiance qu'on doit avoir dans les grands axiomes de la métaphysique. Prenant un moyen terme, j'admets dès le commencement l'objection à se produire; mais je montre qu'elle n'infirme pas la thèse d'une manière évidente , et je passe outre, promettant pour plus tard la solution complète.