Forme de cet ouvrage
Cette méthode enlève à mon travail la rapidité d'allure qui fait l'élégance d'un traité didactique, mais j'ai sacrifié
cet avantage à l'utilité des jeunes philosophes auxquels je m'adresse. La formation philosophique consiste à habituer l'esprit à penser par soi-même. J'offre donc mon livre à ceux qui débutent, moins pour qu'ils y puisent un enseignement tout fait, que pour qu'ils y cherchent des matières à méditation. Ce n'est pas un traité complet, mais un recueil à consulter et à feuilleter, et comme une série d'exercices de pensée.
Dans le même intérêt, j'ai multiplié les citations d'Aristote, d'Albert le Grand et de saint Thomas, pour apprendre aux jeunes gens à lire ces maîtres, et à y recourir. Puissé-je leur inspirer l'amour de ces sources !
Enfm, je me suis efforcé de procéder à la manière des scolastiques, c'est-à-dire, en donnant tous les développements qui peuvent aider le travail de la pensée. On s'étonne parfois en jetant les yeux sur les énormes in-folio, œuvres des grands théologiens, et l'ignorant est bien près de condamner à simple vue tant de prolixité. Mais celui qui ouvre ces beaux traités admire bientôt cette méthode tranquille, sûre, vraiment magistrale, suivant laquelle le maître, modérant l'élan de sa pensée pour que le disciple puisse aisément le suivre, s'avance lentement, montre à chaque pas où il faut poser le pied, écarte les moindres obstacles, et ne dédaigne pas de parcourir plusieurs fois le même chemin pour le rendre facile. Aussi, la lecture de ces auteurs produit l'effet d'un enseignement oral, presque d'une conversation intime. J'ose l'affirmer, il faut moins d'effort pour lire ces larges traités que pour étudier quelqu'un des résumés concis qu'on a multipliés sans profit pour la science.
Un ouvrage qui a pour but de faire connaître la Scolastique devrait être rédigé en latin. J'ai écrit en français pour ne pas rebuter d'avance; mais j'ai placé de longues citations textuelles de saint Thomas et d'Albert le Grand, pour familiariser le lecteur avec la langue de ces maîtres, et pour l'inviter par là même à lire leurs ouvrages.