‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 191 sur 581 · CHAPITRE IV. — DE LACTE ET DE LA PUISSANCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DE LACTE ET DE LA PUISSANCE

2° Puissances passives. Ici, la raison de notre proposition est toute contraire.

Un être en puissance est un être qui peut devenir ce qu'il n'est pas. Dans un être déjà existant, la puissance passive n'est que la possibilité d'exister tel qu'il n'existe pas actuellement, et cette possibilité ne contient nulle existence. Dire qu'une chose est possible, c'est: affirmer qu'elle peut exister, mais, en même temps, c'est laisser son existence dans la plus complète indétermination. Et cette indétermination n'est pas simplement logique ; elle ne tient pas seulement à une distinction entre les deux concepts de la possibilité et de l'existence. C'est une indétermination objective et métaphysique; c'est-à-dire qu'une chose, parce qu'elle est possible, n'a pour cela aucun droit à l'existence, et qu'elle peut rester éternellement possible sans jamais parvenir à l'existence. Si d'être-en-puissance, elle devient étre-en-acte, si l'indétermination est levée par l'acte, ce ne peut être qu'en vertu d'une influence étrangère, d'une puissance active extérieure.

Donc l'acte est séparable tant de la puissance active que de la puissance passive; non pas que l'acte soit une entité ayant une sorte d'individualité indépendante de la puissance, mais parce que la puissance active et la puissance passive peuvent être réelles sans qu'il y ait réalisation de l'acte qui leur correspond.

Bien plus, l'acte ne change rien aux puissances. Pour la puissance active, c'est évident d'après la maxime : Movens movendo non movctur. Pour la puissance passive, c'est aussi clair, lorsqu'on réfléchit à cette autre maxime : Ab actii ad posse valet conseciitio. Tout sujet « peut être » ce qu'il est « actuellement ».

Page 1