CHAPITRE IV, DE LACTE ET DE LA PUISSANCE
le principe de lacfion, la puissance passive est le principe de la passion. Enfin, puisque la passion provient de l'agent, il faut bien que la puissance passive provienne de la puissance active. — Loeiquenient, le passif : être éclairé, dérive de Tactif : éclairer. — Physiquement, exister éclairé est un effet dont la cause existe éclairante. — Métaphysiquement le pouvoir cVètre éclairé résulte du pouvoir d'éclairer.
Réduction de la puissance passive à la puissance active.
Ne pouvons- nous pas aller plus loin? La puissance passive a pour terme la passion, la puissance active a pour terme l'action. Or l'action et la passion sont réellement une seule et même chose, bien que leurs concepts contiennent des formalités qui s'opposent. Ne semble-t-il pas résulter de là que la puissance active et la puissance passive sont, elles aussi, une seule et même réalité répondant à deux concepts difierents? Et si cette conclusion est exacte, (juelle peut être cette réalité unique sinon la puissance active, réellement existante dans l'agent, mais enveloppant le patient dans les reflets de son énergie?
N'hésitons pas; c'est la vraie doctrine, et saint Thomas nous l'enseigne au même lieu :
Dicit (Aristoteles quod potentia faciendi et patiendi estquodam modo una potentia, et quodam modo non.
Una quidem est, si consideretiir ordo unius ad aliam; una enini dicitur per respectuni ad aliam. Potcst enim dici aliquid habens potenliam patiendi, quia ipsuni habet pcr se potentiam ul patiatur, vel eo ({uod habet potentiam ut aliud patiatur ab ipso. Et lioc secundo modo, potentia activa est idem cuni passiva, ex hoc enim quod aliquid hahel potentiam acdvam, hohel potentiam ul pnlialur nliiid ah ipso.
Si aulem considerontui- li;i' dua- polcnlia-, activa scilicet et passiva, socunduni subjeclum in quibus sunt, sic est alia potentia activa et alia polenlia passiva. I^olcntia enim passiva est
in patiente, quia patiens patitur propter aliquod principium in ipso existons, et hujusmodi est materia.
Potentia autem passiva nihil aliud est quam principium patiendi ab alio, sicut comburi quoddam pati est, et principium materiale propter quod aliquid est aptum combustioni, ut est pingue vel crassum...
Potentia vero activa est in agente, ut caler in calefactivo, et ars fedificativa in aîdificante (1).
Tâchons de bien approfondir cet enseignement. Mais, de peur de malentendus, rappelons encore qu'en parlant de la puissance passive, nous laissons de côté cette puissance objective, qui consiste uniquement « dans la non-répugnance à Fexistence ». Car ce n'est là qu'une puissance logique et négative, et il n'y a que deux puissances réelles et positives, savoir :1a puissance active et la puissance passive, devant leur réalité aux sujets réels dans lesquels elles existent. ^
Or leur réalité peut se considérer à deux points de vue, que j'appellerais volontiers réalité matérielle et réalité formelle.
D'abord, pour qu'une puissance existe réellement, il faut f[u'elle réside dans un sujet réel. Sous ce premier rapport, la réalité de la puissance active et celle de la puissance passive sont différentes, puisque leurs sujets sont diiférents, et voilà pourquoi il n'y a pas de puissance passive correspondant à la puissance Créatrice qui tire l'être du néant.
Mais il y a, en outre, à considérer la réalité formelle de la puissance, sa réalité comme puissance. Ainsi, pour nous servir de l'exemple employé par Aristote, un corps en ignition peut formellement « enflammer », et un corps gras peut formellement « être enflammé ». Or il importe de bien comprendre que les réalités formelles des deux puissances ne sont pas différentes. Il n'y a qu'une seule réalité com-
(1) s. Thomas, loco cilalo.