CHAPITRE IV, — DE l'aCïE ET DE LA PUISSANCE
mime aux deux puissances; c'est la réalité de la puissance active se reflétant sur le sujet patient.
« Car, si quelque sujet possède une puissance active, par là même il possède la puissance de faire subir son action à un autre sujet. » Ex hoc enim quod aliquid habel poleuliam activam, habel potentiam ut patiatiir aliud ab ipso.
Cette doctrine parait peut-être trop absolue, car on rencontre souvent dans la nature des puissances passives qui semblent ne pas se réduire à des puissances actives. Pour nous en tenir à l'exemple de tout à l'heure, tout corps gras, comme l'huile et la graisse, est en vertu de sa propre nature capable d'être enflammé, et, au contraire, l'eau ne peut l'être. Cette capacité dans la première substance, cette incapacité dans la seconde, proviennent des propriétés positivement constitutives de ces substances. Ne rencontrons-nous pas là des puissances passives constituées par elles-mêmes, indépendamment de la puissance active correspon dante ?
C'est vrai dans un sens ; mais cela tient à ce que ces puissances passives sont mêlées d'activités, et qu'après avoir été enflammé, un corps combustible concourt activement à sa propre combustion.
Et cependant ces exemples eux-mêmes, bien interprétés, confirment notre doctrine.
Ij'huile, considérée dans sa nature, est composée de tels et tels éléments qui constituent son essence, et, je l'avoue, cette essence reste la même qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de feu dans le monde. Mais, s'il n'y a pas réellement de feu, l'huile « ne pourra pas » réellement s'enflammer; s'il y a réellement du feu, l'huile « pourra réellement s'enflammer. Si le feu est possible, il « sera possible » que riuiile s'enflamme; si le feu est impossible, il « sera impossible » que l'huile s'enflamme. Vous le voyez donc : la puissance passive de l'huile reflète toutes les conditions de la puissance active du feu.
214 LIVRE Jl!. CAUSE EFFICIENTE.
De môme, s'il n'y avait pas de feu existant, ou de feu possible, on ne pourrait dire de Feau ni qu'elle est inflammable ni qu'elle n'est pas inflammable. C'est en la comparant aux causes d'inflammation qu'on la déclare formellement incombustible.
La puissance passive dépend donc de la puissance active, Jusque dans son concept formel, et, comme le dit Aristote :
« Dans la définition de toutes ces puissances passives entre lu notion de la puissance active (l). »
C'est la doctrine de saint Thomas dans la leçon déjà citée. Il distingue avec Aristote deux sortes de puissances passives : la puissance de ne pas subir l'action, et la puissance de la subir.
In quorum (modo) uno, dicitur potentia propter principiu m ex quo aliquis potest non pati; in alio autem, propter principium ex quo quis potest pati. Unde, cum passio ab agente dependeat, oportet quod in diflinitione utriusque illorum modorum ponatur diffinitio potentiie primée, scilicet, activai El ita, ista^ dua? reducuntur ad primam, scilicet ad potentiam activam, sicut ad priorem (2i.
ARTICLE II
L ACTE l'RIME LA PUISSANCE