‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 197 sur 581 · CHAPITRE IV. — DE L ACTE ET DE LA PlISSAXCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DE L ACTE ET DE LA PlISSAXCE

tudier attentivement. Cependant, dès maintenant ;, nous pouvons en entrevoir la vérité et la beauté.

Tout être qui devient marche vers un terme, et lorsqu'il y est parvenu, il demeure en repos dans un degré d'être qui constitue l'espèce. C'est ainsi que le germe d'un animal se transforme jusqu'à ce que l'animal soit complètement constitué dans son espèce ; c'est ainsi que l'enfant se développe jusqu'à l'état dhomme parfait.

Or ce que la nature a en vue, ce n'est pas la transformation ou l'altération, c'est le terme de ce mouvement, c'est l'espèce, c'est l'être parfait. Le devenir et la puissance passive dépendent donc de ce terme, et sont tout ce qu'ils sont, en vertu du terme à atteindre, c^est-à-dire en vertu de l'être complet qui doit être réalisé (1).

Je sais que cette doctrine fera sourire ceux qui rejettent la réalité des causes finales. Pour ces fidèles sectateurs de la philosophie hégélienne, l'altération, la modification, le mouvement se produisent sans but, sans direction déterminée d'avance. La perfection d'une espèce est due au hasard, ou plutôt il n'y a pas de perfection d'espèce ; il n'y a de vrai et de réel que l'agitation d'un mouvement capricieux.

Plus tard, nous aurons à examiner cette prétendue doctrine; qu'il nous suffise ici de constater encore l'opposition de l'école hégélienne et de l'école traditionnelle. C'est toujours la môme question résolue d'une manière contradictoire. Pour nos adversaires, l'être sort du non-être ; l'acte n'est donc pour eux que le simple produit de la puissance, et la faculté n'est qu'un résultat mécanique de l'organe.

Aristote avait deviné cette dernière trouvaille de nos positivistes, et il en a, vingt siècles d'avance, stigmatisé le ridicule.

(1) Arislole, Melaphys., liv. IX, chap. ix.

« L'acte, dit-il, est la fin de la génération, et la puissance est donnée pour cette fin. Car les animaux ne voient pas pour avoir la vue, mais ils ont la vue de façon qu'ils voient : où

yào tva O'I/iv lytoGtv ôpwat ta C^j**? *^>''' ottwi; ôowatv oiiv s^ouJiv (li. »

Précisons davantage le sens de la proposition : « Par nature l'acte prime la puissance. »

1° Puissance passive. — Cette puissance n'est dans son sujet que la pure possibilité de devenir ce qu'il n'est pas, tandis que l'acte est l'existence même. Or l'existence prime le devenir, puisque celui-ci est un mouvement vers cellelà, et qu'il a toute sa raison dans son terme. Donc, de toute évidence, l'acte domine la puissance passive.

2° Puissance active. — Il est besoin ici d'une analyse un peu plus délicate.

Si nous considérons la cause en acte et sa puissance active, il n'y a pas à opposer cet acte et cette puissance. La cause est un acte : son pouvoir de produire l'efi'et est en acte, qu'il produise ou ne produise pas cet effet. Donc la puissance active de la cause n'est pas autre chose que la cause en acte. « Potentia activa non dividitur contra actum sed fundatur in eo. Nam unumquodque agit secundum quod est actu (2). »

Cependant encore là où il y a identité, on doit, en distinguant dans la cause l'acte et la puissance, considérer celle-ci comme découlant de celui-là. La cause peut produire l'effet, précisément parce que l'acte qui la constitue contient éminemment toute l'actualité de l'effet. Cette éminence est la source même de la puissance active. Donc ici encore, on vérifie l'adage : Actus natura est j^rior potentia.

3° Puissance mixte. — Enfin, il est un ordre de puissances C[ui tiennent à la fois et de l'activité et de la passivité; ce sont les puissances d'un agent qui est à la fois

(1) Aristote, eod. loco.

(2) S. Thomas. I, q. 25, art. 1, ad 1

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