PREFACE. IX
dir. Tout d'ailleurs lui sert à coucréter sa pensée : évocation d'images vives et justes, emploi de comparaisons familières bien appropriées (1), emprunts faits à propos aux sciences (2), exposé historique des controverses et des systèmes (3), voire même un recours opportun aux ressources de la philologie (-4), ou d'instructifs rapprochements entre le xii'' et le xix' siècles (5), tous deux en proie à la plus poignante inquiétude intellectuelle. De là naît spontanément une variété de ton qui jette un grand charme sur ces problèmes d'une nature si aride. Le Père de Régnon se compare quelque part (6) à un « coureur des bois » en quête de beaux points de vue. Il y a dans ce métaphysicien un vrai tempérament d'artiste qui se maîtrise et se contient sous l'austère discipline de la raison. Par bonheur, il lâche par moment la bride; alors on y gagne d'admirer quelques expressions de haut relief ou quelques traits de brillant coloris, ou même des miniatures légèrement esquissées. Mais ces éclairs d'imagination n'ont rien de troublant, car, au lieu de précéder les explications strictement rationnelles, ils viennent s'y ajouter comme une lumière complémentaire qui parachève renseignement. C'est ainsi qu'après avoir montré, d'après Aristote et les Scolasti(}ues, que la science est un (( avoir » (*e;i;, habitus), un avoir acquis par l'é-
(1) Cf. Kliidca de l/u'olorjie posillvc sur la Sainte Trinité, I. UI, |). 440- 447. — Métaphysique des causes, p. 479; 501-502; 537 sqq., elc.
(2) Cf. Etudes de théologie positive s}tr la Sainte Tri)iité, t. 1, p. li-15; Métaphysique des causes, p. 537 siiq., elc. '
(3) Cf. Études sur la Trinité, I. 1. ; Études II, III ; t. HI, Études XIU. XIV ; — lianes et Molina, l. I; — Métaphysique des causes, p. 325-339, elc.
(4) Cf. Études siir la Trinité, t. I, Étude VII; t. HI, Étude Wl.
(5) Cf. Éludes sur la Trinité, t. II, p. 9; 109, etc.
(6) Études sur la Trinité, l. II, Avertissement, p. x.