‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 200 sur 581 · CHAPITRE IV. — DK L ACTE ET DE LA PUISSANCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DK L ACTE ET DE LA PUISSANCE

tualité; causatum est in causa per modinn causie, Têtreen-puissance est clans la cause à l'état d'acte. A la vérité, les exemples d'Aristote semblent trop restreindre ce caractère, en présentant une identité spécifique entre la cause et l'effet. Aussi, en expliquant ce passage, le Docteur Angélique a-t-il soin de le compléter, comme nous le verrons tout à l'heure.

Mais ce sont principalement les relations d'antériorité et de postériorité que le Philosophe prétend nous enseigner ici, lorsqu'il compare la même puissance, soit à l'acte du patient, soit à l'acte de l'agent. — La même g-raine, dit-il, précède la plante et vient après la plante.

Quand le patient, pour parvenir à l'existence complète, traverse une série de chang-ements et que le temps s'écoule pendant ces mutations successives, il est bien clair que la puissance est antérieure à l'acte vers lequel elle tend ; d'où cette proposition, évidente dans un tel cas : Potentia j)7'œcedit actum ^ qiiando ambo sitnt in eodem.

En outre, la cause de tout ce mouvement doit être en acte dès le principe. « Tout mouvement, dit Aristote, provient d'un moteur, et ce moteur est déjà en acte. » Il faut que l'acte qui réside dans l'agent soit antérieur à la puissance du patient.

Saint Thomas, expliquant le texte d'Aristote, résume ainsi sa doctrine : « Ainsi toujours, avant ce qui est en puissance, il y a quelque chose qui meut, et le moteur est en acte. Donc, bien que le même sujet soit en puissance avant d'être en acte, il a fallu cependant que quelque individu fût en acte, antécédcmment à l'être en puissance. » — Puis, corrigeant un point de cet enseignement, il ajoute aussitôt : « Cet agent dans les générations univoques est de même espèce que l'effet, comme il est manifeste. Dans les autres, il faut qu'il y ait au moins quelque similitude entre la cause et l'eflct (1). »

(1) s. Thom., Métaphyx., liv. IX, ler. 7.

222 LIVRE m. — CAUSE KIHCIENTK.

Remarquez-vous combien cette dernière phrase élève la question ?

Les exemples apportés par Aristotc ne comprenaient que des causes univoques : causes produisant les iiermes d'êtres semblables, mais cessant bientôt d'agir sur leur développement; actes antérieurs aux puissances mises en mouvement, mais s'éteignant sans que le mouvement soit altéré. On ne retrouve donc pas, dans do telles causes, l'ampleur de cette raison quAristote fait valoir pour démontrer l'antériorité de l'acte : « Tout mouvement provient d'un moteur, et ce moteur est déjà en acte. » Mais contemplez une cause totale, cause à la fois m fieri et in esse. Toujours présente au devenir qu'elle a provoqué, elle préside encore à l'existence qui en est le terme. Dans son immobilité elle enveloppe tout ce mouvement et dans sa permanence toute cette durée successive. Elle est « acte antérieur », parce qu'elle est en dehors du temps qui mesure et le mouvement et le repos du mobile.

Tel est l'acte vérifiant absolument l'adage : Aclus tempore /jn'o/' est potentia: et cet axiome montre, par voie d'opposition, l'universelle nécessité de cet autre adage : Potentia prœcedit actum quando amho suni in eodem.

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