CHAPITRE I. — PREMIÈRES XOTIOXS
d'abstraction. Car une statue exige la présence simultanée d'une matière et d'une forme, et l'un de ces deux éléments venant à disparaître, la statue disparait. Si la forme est détruite, il peut bien rester un bloc de marbre, mais ce n'est plus une statue. Si la matière est annihilée, il peut encore rester dans l'esprit quelque fantôme, mais ce n'est plus une statue. Donc, pour construire cette chose qu'on nomme statue, il ne suffit pas d'une forme ou d'une matière, il faut la rencontre de ces deux éléments.
Allons plus loin. Le bloc de marbre ne peut être actuellement matière d'une statue, à moins qu'il n'y ait actuellement une statue, et par conséquent à moins qu'il n'y ait actuellement une forme de statue. Dans la montagne, à la vérité, ce marbre était déjà matière « à « statue; mais il n'est réellement matière « de » statue que lorsque la statue existe. Donc la matière n'existe, réellement et actuellement matière, qu'autant que la forme existe actuellement.
Au contraire, supposez qu'un physicien projette dans l'espace ce qu'il nomme une image réelle représentant Apollon, aura-t-on là une forme de statue? Non certes; on aura une image, une représentation, nommez cela comme vous voudrez ; mais il ne peut y avoir de forme de statue sans statue, et l'existence actuelle de la statue est nécessaire à l'existence actuelle de sa forme. Or une statue ne peut exister sans matière ; donc, au moins pour une statue, l'existence actuelle de la forme dépend de l'existence de la matière.
Ainsi apparaît la connexion intime et essentielle entre la forme et la matière dans l'être qu'elles constituent, et par suite, la nécessité d'unir dans une même étude la cause matérielle et la cause formelle.