‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 207 sur 581 · Du composé · texte numérisé non relu

Du composé

Nous venons de voir que les concepts de matière et de forme répondaient à des termes indépendants l'un de l'au-

tre avant l'existence de la statue. D'un côté, le marbre, tout en restant marbre, peut perdre la forme d'Apollon, prendre celle de Minerve, ou même rester à l'état informe. De l'autre, la forme d'Apollon peut être introduite dans le marbre ou le bois ou l'airain. Cette indépendance conduit à concevoir la matière et la forme comme deux principes distincts et séparés, qui s'appellent, se recherchent et qui, venant chacun de son côté, se rencontrent et s'unissent, sans s'altérer, pour constituer une statue. De là, ces expressions figurées :

« Une statue est composée de matière et de forme. — La matière et la forme sont les parties constituantes du composé. »

Mais, remarquons-le bien, de peur que ce langage ne nous conduise aux conceptions les plus fausses, ce mot : composé, doit être pris dans un sens métaphorique. On ne compose vraiment que ce que l'on peut juxtaposer, disposer, mélanger; c'est-à-dire que composer, c^est former un tout avec plusieîirs parties (1), et pour cela, il faut que les parties préexistent au tout. Or, si le marbre comme matière « à » statue préexiste dans la carrière, si la forme comme idée préexiste dans l'imagination de l'artiste, cependant le marbre comme matière « de » statue, la forme comme forme de statue, n'existent qu'en même temps et qu'autant que le composé existe.

Telles sont les premières notions sur la matière, la forme et le composé.

(1) Dictionnaire de l'Académie.

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