CHAPITRE II. — ÉPURATION DES CONCEPTS
arrêter, pour nous demander si nous n'avons pas fait fausse route ?
Encore un effort; nous sommes dans le vrai chemin, mais il faut aller jusqu'au bout. En métaphysique, on ne peut s'arrêter sur les pentes. Il faut toujours gravir jusqu'aux sommets; là seulement on peut s'asseoir.
La substance, qui peut être une matière de statue, doit avoir deux aptitudes, aptitude à recevoir la forme, et aptitude à la conserver; par exemple, fluidité pour se prêter au moulage, et solidité pour se maintenir ensuite. Entre ces deux caractères, il y a contraste, j'en conviens. Ne remarquez-vous pas cependant quelque chose de commun, je veux dire l'aptitude à se soumettre à la forme, à subir la forme? Et cette convenance avec la forme, ou, pour mieux dire, cette non-répugnance à la forme, n'est -elle pas un caractère universel de la matière, partout et toujours, soit lorsque la statue devient, soit lorsqu'elle existe? Voilà donc le caractère primordial de la matière, caractère qui ne se définit pas par quelque qualité intrinsèque de la substance servant de matière, mais par sa relation à la forme.
C'est par la forme que l'on caractérise la matière ; telle est la conclusion finale, telle est la dernière analyse. Nous pouvons maintenant nous arrêter et juger la difficulté qui nous préoccupait tout à l'heure.