Réduction des deux caractères de la matière
Pour qu'une statue d'airain existe, il faut qu'on Tait fabriquée; en d'autres termes, pour (pielle isoit^ il faut qu'elle devienne. Pendant qu'elle se fait, il y a en elle comme un mouvement de la non-existence à l'existence; lorsqu'elle est faite, il y a en elle comme un repos dans l'existence. Ce mouvement et ce repos ne sont pas en contradiction l'un avec l'autre; car ce mouvement court vers ce repos, ce devenir tend vers cette r.ristmce: tout ce qu'est
le devenir, il l'est ])ar lexistence qui est son terme, suivant cette belle sentence de saint Thomas : Omne quod fît^ ad hoc fit ut sit (1).
Eh bien, jugez dans cette lumière la difficulté de tout à l'heure, et vous verrez que les deux caractères essentiels de la matière correspondent aux deux concepts du devenir et de l'existence.
Pour que la statue « devienne )),il faut que la matière s'y prête, il faut qu'elle n'oppose aucune résistance à lentrée de la forme; la propriété capitale et unique que doit posséder cette matière, au point de départ, est une passivité complète par rapport à la forme ; et lorsqu'on met l'airain en fusion, on n'a pas d'autre bat que de briser toutes les résistances actives, et de détruire toutes les qualités actuelles qui s'opposent à la for))mlio?i de la statue. En un mot, on se propose de rendre l'airain apte à prendre la forme, apte à acquérir une forme qui le détermine. Le caractère de la matière au point de départ est donc d'être déterminable .
Et au point d'arrivée, que kii demande-t-on? D'exister déterminée. Il est vrai, on recherche dans ce but une matière dure et rigide. Mais pourquoi? — Uniquement pour que la cohésion empêche l'œuvre d'être écrasée par son propre poids, c'est-à-dire, pour qu'une qualité neutralise une autre qualité.
Imaginez une matière telle que ni pesanteur, ni chaleur, ni forces physiques ou chimiques, ne puissent agir sur elle. Elle restera déterminée, et cela, non en vertu de quelque propriété intrinsèque positive, mais uniquement parce qu'elle a été déterminée.
Donc nous avions tort d'opposer l'un à l'autre l'airain liquide et l'airain solide. Il n'y a là pas d'autre opposition que celle qui existe entre ce qui est déterminable et ce qui est déterminé. Poiir que l'airain soit déterminable, oncom-
(1) s. Thomas, II, Conlr. Gentil., cap. xl, § 3.