‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 223 sur 581 · CHAPITRE HI. — FORME, MATIÈRE, COMPOSÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI. — FORME, MATIÈRE, COMPOSÉ

que nous considérons sa matière ou sa forme. Nous disons : Voici « du » marbre; et nous disons : Voici « une » Minerve. C'est donc au concept de la forme qu'est lié essentiellement le concept de l'unité. C'est la forme qui donne l'unité ; et si la statue est une, c'est parce que dans le marbre la forme est une.

5. — Cozniuent la matière est une et comment elle n'est pas une.

L'ux se définit ainsi : Unum est ici qiiod est indirisum a se et division ah alio.

Or, si je considère dans la carrière de marbre la matière « à » statue, je vois une masse indéfinie, que rien ne divise, rien ne sépare: et je ne puis distinguer, dans la continuité de la pierre, ce qui sera plus tard matière d'une statue. En un mot, il n'y a rien là encore qui soit divisum ah alio. — En outre, chaque portion de marbre, considérée à part comme matière à statue, peut être séparée de mille manières en blocs différents dont chacun reste matière à statue. Rien encore qui soit indivision a se.

Donc la matière ex qua ne possède ni lun ni l'autre des deux caractères essentiels de l'unité. Elle n'est pas « une », sinon de cette unité vague que saint Bonaventure appelle l'unité d'homogénéité (1). — Elle n'est pas une ; ailssi, pour la désigner, on se sert d'un terme indéfini, on dit : « Voil;\ du marbre. »

Mais lorsque la matière reçoit la forme, lorsqu'elle devient materia in qua, à l'instant même elle revêt les deux caractères de l'unité. Elle est non divisée, indivisa a sr, tant qu'on ne brise pas la statue. Elle est séparée de tout le reste, divisa ah alio. Donc la matière informée, la nia-

(1) « Unitalcin habet Iiomogeneitatis. Hœc aiitein imitas siniul nianel iii diversis, sicul palet, si de codein auro liant iiuilla vasa : iila sunt de codem auro per homoftencilatt'in : sed auruiu (|uod est in uiio diircrt ab auro quod est in alio ». (Ronavent. Seut. II. dist. .i, p. 1, a. 2, q. 3. in rosolutione.)

tière in qua, est « une ». — Elle est une; aussi les artistes ont coutume de dire : Voici un marbre. »

Cependant faites-y bien attention : cette unité, cette dignité d'être ne procèdent pas du propre fond de la matière. C'est une participation au rang- et au nom du principe informant qui a comme épousé la matière.

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