CHAPITRE V. CORRÉLATION DE CES DEUX CAUSES
unies dans la substance, notre conception est rig-oureusement exacte.
Mais si, par l'abstraction, nous séparons ces deux éléments, si nous les isolons, si nous les considérons chacun à part, nous sortons de la réalité; rien donc d'étonnant, si nous trouvons ensuite dans ces concepts isolés un élément qui ne soit pas conforme à la réalité. Or cet élément introduit subrepticement est précisément le caractère substantiel que tout concept suppose à son objet.
Lors donc que nous pensons à la matière et à la forme séparément l'une de l'autre, et que nous exprimons notre pensée par le langage, nous devons toujours nous rappeler que la séparation irréalisable de la matière et de la forme introduit, dans notre pensée et notre langag-e, un élément qui ne répond pas à la réalité, savoir, la propriété substantielle, c'est-à-dire la perfection d'être véritablement existant en soi-même.
Ces réflexions ne doivent pas nous troubler ou jeter un nuage sur la légitimité de notre longue étude. Tout ce que nous avons dit sur la matière et la forme, sur leur opposition, sur leur union, reste acquis comme une science réelle, pourvu que nous considérions la matière et la forme dans le composé même dont ils sont les principes constituants.
Cependant cherchons à nous exprimer une bonne fois d'une manière aussi exacte que possible, afin qu'ensuite nous puissions être plus libres dans notre langage, et parler comme nous pensons.