‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 240 sur 581 · La matière est l'être en puissance · texte numérisé non relu

La matière est l'être en puissance

Soit une boule rouge qui devient blanche. A la fin du changement, la boule sera actuellement blanche, ens actu album. Au départ, en même temps qu'elle contient une négation de la blancheur actuelle, elle contient une aptitude pour cette même blancheur. Elle est à la fois actuellement non-])lanche, ens actu non-album, et blanche en puissance, ens potentia album.

Or la matière d'un changement est le sujet qui demeure. C'est donc ici la boule, déterminée, il est vrai, comme substance, mais ne pouvant actuellement exister sans une couleur actuelle. Donc, considérée en elle-même comme matière de couleur, elle est encore indéterminée, manquant de quelque chose pour pouvoir exister, ens in potentia.

« 11 est nécessaire, dit Aristote, que la matière d'un changement soit capable des deux termes opposés. Puisque l'être est double 1), il y a, dans tout changement, passage de l'être-enpuissance à lêtre-en-acte. Ainsi le blanc en-puissance devient actuellement blanc. Il en est de même dans l'accroissement et la diminution.

Par conséquent, bien que par accident quelque chose puisse sortir du non-être, cependant tout sort de l'être, savoir do l'être-en-puissance, qui est non-être-en-acte (2). »

Nous comprendrons mieux ce passage par l'interprétation de saint Thomas :

Necesse est quod id quod transmutatur, sive subjectum transmutationis. quantum est de se, sit in potentia ad utrunique contrariorum : aliter enim non essel susceptivuin utriusque, nec posset de uno in aliud transuiutari.

Omne igitur quod transmutatur, transmutatur ex ente in potentia in actu ens, sicut cum aliquid alteratur ex albo in potentia in actu album. Et siinilifor est in motu ipsiiis augmenti

(Ij Savoir : la |>uissancc et l'acte.

(2,1 Aristote, Mélaphys., liv. \l, cha|i. ii.

202 LI\R1-: IV. — CAUSE FORMKLLK IVV CAUSE MA TKRlKLLi:.

et decrcmenti, quia transmulatur aliqiiid de potentia magno vel parvo in actu magnum vel parvum,

Unde et in génère substantia^ fiunt omnia e.\ non ente et ente. Ex non ente quidem per accidens, in quantum fit aliquid ex matcria subjoeta privation!, socundum quam dicitur non ens. Sed per se fit aliquid ex ente, non autem in actu, sed in polenlia, scilicet ex materia quai est ens in potentia, ut supra ostensum est (1).

Voici donc la clef de toute la théorie péripatéticienne. La matière est « être en puissance » et c( non-ètre en acte ». — ((■ Non-être en acte » , c'est-à-dire qu'elle n'est pas par elle-même un être actuel et déterminé. — « Être en puissance », c'est-à-dire qu'elle peut être déterminée par laccès de la forme. Et ce qui lui donne d'être actuellement, esse actu, c'est la forme ; car c'est grâce à cette forme qu'il existe actuellement un être qu'on nomme le composé, et dans lequel la matière existe actuellement.

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