Ces formes proviennent de la matière
A vrai dire, ces arrangements, suivant le volume, le poids ou la couleur, feront sourire le statuaire, comme l'indice d'une idée bien g-rossière et bien matérielle. En effet, d'où proviennent la couleur, la chaleur, le poids, le volume d'une
(1) S. Thomas, I, q. 3, art. C.
statue? De sa forme (lApolIon ou de Minerve? — Non, mais du marbre ou du bronze.
Brisez la statue, détruisez la forme, les fragments auront encore même couleur, même chaleur, même volume et même jîoids. Tous ces accidents ne sont donc autre chose que les propriétés que la matière de la statue a entraînées avec elle-même jusque dans le composé : propriétés séparables comme la couleur et la chaleur, qui vont et viennent dans la statue, parce qu'elles vont et viennent dans le bronze, la matière de la statue; ou bien, propriétés insépables, comme le poids et le volume qui demeurent dans la statue, non parce qu'elle est statue, mais parce qu'elle est de bronze.
Boèce a sur ce sujet un beau passage. — Pour démontrer qu'en Dieu il n'y a pas d'accidents, il s'appuie sur ce que Dieu est une forme pure, sans immixtion de matière, et qu'il répugne qu'une forme pure soit le sujet d'accidents proprement dits.
Nam quod ca'tera? formai subjecta^ sint accidentibus, ut humanitas, non ita accidentia suscipit eo quod ipsa est, sed eo quod materia ei subjecta est. Dum enim materia subjecta humanilati suscipit quodlibet accidens, ipsa hoc suscipere videtur humanilas ,lj.
Toutes ces formes accidentelles relèvent donc de la matière plutôt que de la forme. Or nous savons que, métaphysiquement parlant, le caractère propre et unique de la matière est une passivité et une aptitude à se laisser déterminer. Toutes ces qualités actives, toutes ces propriétés positives sont donc comme autant d'appendices extrinsèques à son caractère de matière proprement dite ; et leurs notions ne pénètrent pas dans la notion formelle de statue qui n'est ni plus ni moins statue, parce quelle est chaude ou froide, lourde ou légère.
J'avais donc raison de dire que ces formes ne sont pas
(1) Boet., de Trinilnl., cap.ii.
autre chose que Faccident 'per accidens, eus diminutum, (( sorte de non-être dont le philosophe n'a pas à s'occuper ».