Deuxième sorte de formes accidentelles
Mais nous avons maintenant à étudier une tout aulre sorte de formes accidentelles.
J'ai insisté longuement sur cette vérité, que la forme est le principe déterminant. C'est à la forme que l'être doit d'être ce qu'il est, forma est id quo eus est id quod est; la forme caractérise l'essence. C'est par leurs formes qu'une maison, une statue, une machine doivent d'être distinguées et définies. Bien plus, c'est à leurs formes qu'elles doivent d'exister; car les formes ôtées, il n'existe plus ni maison, ni statue, ni machine.
D'un autre côté, ces trois objets sont des substances ; car ils existent en eux-mêmes, ils peuvent exister et être conçus séparément de tout le reste, ce qui est le propre de la substance, suivant cette parole du Philosophe : (( Etre séparable du reste et être ceci, semblent convenir proprement à la substance (1). » Or, je le demande, est-ce la forme de maison qui fait subsister la maison, et la forme de statue qui rend la statue substance? Ces formes ne peuvent être isolées de la matière, on ne peut les concevoir subsistant sans matière ; se pourrait-il que ce qui est incapable de subsister par soi-même fût assez puissant pour faire subsister autre chose?
Ne cherchons pas de difficulté là où il n'y en a pas. La forme est la raison de l'être, c'est vrai ; mais de l'être tel qu'il est. Or la statue s'obtient en délimitant un bloc de marbre, qui subsistait déjà, et cette délimitation lui est accidentelle. La maison se construit avec des matériaux qui par eux-mêmes sont déjà substances, et la juxtaposition est accidentelle à ces substances.
(1) Tô xwpuTTèv xaî x'o tôoï ti ûrtâpj^eiv Soxeï [lâXtaTa t^ oùdîa. (Arist., Métaphys., liv. vu, cliap. iir.)