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Primauté de la forme par rapport à la matière

Dans le livre précédent, nous avons reconnu la dignité de la forme. C'est par elle que chaque être est ce qu'il est : forma est id quo ens est id qiiod est. Elle est la raison de chaque chose, cause intrinsèque de l'être qu'on appelle le composé. Bien plus, elle étend son influence jusque sur la matière, puisque c'est par la présence actuelle de la forme que la matière est actuellement matière.

La forme est donc ce qu'il y a de principal, et la matière n"a qu'un seul rôle, se prêter à la forme : « Cum minus principale sit propter principalius, materia est propter formam substantialem (1). »

Pour tout dire en un mot : « La matière est puissance, la forme est acte et perfection. » Ejt'. s" y; \j.vi JXr, ojvây.-.r, TS o' ilzzz h-z'/dyzix (2).

Or, l'acte prime la puissance de toutes les façons possibles. « Actus prior est potentia, ratione, tempore et iv,\-

(1) s. Thomas, I, q. 77, art. 6.

(2)Aristote, De iùme, liv. Il, cliap. i.

tura. » Donc la forme aussi primo la matière, et, dans cette primauté, nous devons retrouver trois sortes de priorité : priorité au point de vue de la connaissance, priorité comme nature, priorité d'existence.

La priorité de connaissance a été expliquée dans le livre précédent. La forme se conçoit par elle-même; la matière, en tant que matière, ne se conçoit pas par elle-même et l'on ne peut la connaître que par son union avec la forme.

Il n'y a pas non plus à s'arrêter sur la primauté de nature. Il est évident que le principe de perfection est ontologiquement supérieur au principe imparfait par luimême.

Mais comment trouver une priorité d'existence? Les formes inférieures ne subsistent pas en elles-mêmes, et pour exister, elles ont besoin de l'appui de la matière. L'àme humaine elle-même, qui survit au corps, ne possède avant lui aucune préexistence. N'y a-t-il pas là une dérogation à la primauté de l'acte?

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