‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 265 sur 581 · Comment on démontre la cause exemplaire · texte numérisé non relu

Comment on démontre la cause exemplaire

Maintenant que nous avons éclairci cette difficulté, concentrons notre attention sur l'ordre des déterminations ontologiques. Considérons la forme précisément en tant quelle est acte : étude subtile, qui réclame un effort sérieux de l'esprit, mais qui aboutit à deux théorèmes d'une impoi'tance capitale.

Le rôle de la forme est de déterminer l'essence et le degré ontologicjue, forma est ratio quidditatis. C'est, encore une fois, en cela et en cela seulement que la forme

DES CAl'SES. ly

290 LIVRK V. CAUSE EXEMPLAIRE.

est proprement Trtc/e. Un effet quelconque est ce qu'il est, en vertu de sa forme ; c'est la forme qui détermine cet effet en tant qu'être ; forma est ici quo ens est id quod est.

Mais, d'un autre côté, l'effet est déterminé par l'action, puisque l'effet n'est que le résultat de l'action. Or, si l'action a son ternie dans l'effet, elle a son principe dans la cause efficiente, et par conséquent l'action ne détermine l'effet que parce qu'elle-même procède de l'agent après être ontologiquement déterminée. Donc il existe dans l'agent un principe qui détermine l'action, un principe déterminant, c'est-à-dire, une forme.

Nous parvenons ainsi à ce premier théorème : « L'effet, (( dans sa détermination ontologique, dépend de deux <c formes, l'une intrinsèque à l'effet lui-même, l'autre in- (( térieure à la cause efficiente. »

Poursuivons. La détermination ontologique de l'effet, est simple comme son essence ; l'effet est ce qu'il est, est id quod est. Or, à une détermination unique doit répondre un seul principe déterminateur, un seul principe formel. Il faut en conclure qu'il y a un certain lien d'unité entre la forme intrinsèque à l'effet et la forme intérieure à la cause. Mais ce ne peut être une unité substantielle, puisque l'effet et la cause sont deux sujets différents. Donc c'est une unité objective, c'est-à-dire que ces deux formes répondent au même concept.

D'ailleurs, tout dans l'effet provient et dérive de la cause efficiente, donc aussi sa forme intrinsèque. Par conséquent, cette dernière forme n'est que le terme d'une similitude dont le principe est la forme intérieure à la cause efficiente; c'est-à-dire, que celle-ci est un modèle reproduit dans celle-là par voie de similitude. Nous parvenons ainsi à ce nouveau théorème dont le lecteur doit comprendre toute la valeur : « La forme, qui existe dans « l'effet, préexiste dans la cause à l'état de modèle, ou, en « d'autres termes, l'effet a une cause exemplaire. »

en. I. PASSAGE DE LA CAUSE lORM. A LA CAUSE EXEMPL. 291

6. — Cette démonstration est tirée de l'enseignement péripatéticien.

Lorsque le penseur poursuit longtemps un raisonnement subtil, et rencontre au terme de ses efforts une conséquence importante, il ne se peut qu'une certaine crainte ne s'empare de lui. Cette conclusion, à laquelle il aboutit sans l'avoir prévue, était-elle réellement contenue dans les prémisses"? Dans cette longue suite d'arguments, ne sestil pas insinué quelque sophisme? L'esprit humain est bien chancelant, et le moindre faux pas le fait glisser dans l'erreur.

Que ces inquiétudes troublent ceux qui prétendent marcher d'eux-mêmes et se frayer des voies nouvelles, je le conçois. Pour nous, qui n'avons d'autre prétention que de rester sur les bancs de l'école traditionnelle, nous avons de toutes nos pensées un contrôle facile, c'est l'enseignement de nos maîtres.

Or l'unité quasi générique de la cause formelle, et son dédoublement en cause informante et cause exemplaire, sont contenus dans cette phrase où Aristote énumère les causes :

« On appelle cause : d'abord la matière dont est faite une chose, par exemple, l'airain de la statue ou l'argent de la coupe;... ensuite, Informe et le modèle, c'est-à-dire, la raison de l'essence... » àXXov Sa (TpOTrov), to eiSoç xai To •7rapocÔ£iY[Ji.a- Touto S' ÈCTiv ô Xo'yoçtoû Ti r,v elvai fl).

S. Thomas explique ainsi ce texte :

Alio autem modo dicitur causa species et exemplum, id est, exeuiplar; et hœc est causa formalis, qu;e comparatur dupliciter ad rem. Uno modo, sicut forma intrinseca rei, et h»c dicitur species. Alio modo, sicut extrinscca a re, ad cujus tamen similitudinerarcs tieri dicitur, et, secundum hoc. excmplar rei dicitur Forma; per quem modum ponebat Plato ideas esse formas (:2).

(1) Aristole. Mélapliys., liv. V, tliap. ii.

(2) S. Thomas, Melaphys., lib. V, lecl. 2.

Quant à la nécessité d'une cause exemplaire, elle est enseignée par saint Thomas en ces termes, qui sont le résumé même de notre démonstration :

Ad productionem alicujus rei ideo necessarium est exemplar, ut effectus determinatam formam consequatur. Artifex enim producit determinatam formam in materia propter exemplar ad quod inspicit, sive illud sit exemplar ad quod extra intuetur, sive sit exemplar interius conceptum (1).

On le voit : la forme informante n'est déterminante que parce qu'elle est déjà déterminée, et pour avoir la raison totale de toute détermination, il faut recourir à une cause exemplaire qui existe dans l'agent, soit parce qu'il Ta conçue de lui-même, soit parce qu'il en a emprunté au dehors la notion.

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