‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 266 sur 581 · Retour sur ce qui précède · texte numérisé non relu

Retour sur ce qui précède

Nous pouvons donner une autre vérification de cette théorie.

Lorsque, dans l'analyse d'une question philosophique, on a rencontré des obstacles, et qu'on s'est heurté à des antinomies apparentes, pour s'assurer qu'on a su démêler la vérité et qu'on est parvenu au principe qui domine toute la question, il est bon de recourir à la synthèse. Dans le faisceau des lumières acquises, les antinomies doivent s'évanouir d'elles-mêmes, les obscurités faire place à la clarté; en un mot, tout doit se ranger en ordre comme de soi-même.

Or, la discussion qui a rempli ce chapitre progressait péniblement entre deux écucils. En parlant de la forme, il fallait éviter ou d'en dire trop, ou d'en dire trop peu. D'un côté, il fallait ne pas oublier que la substance véritable est le composé constitué intrinsèquement par une forme et par une matière, et qu'en général la forme ne subsiste

(1) s. Thomas, I, q. 44, arl. 3.

eu. I. — PASSAGE DE LA CAUSE FORM. A LA CAL'SE EXEMPL. 293

que dans la matière. D'un autre côté, il fallait sauvegarder la dignité de la forme, affirmer qu'elle est acte, et que par elle-même elle prime ce qu'elle rend actuel; et dans cette primauté, il fallait trouver les trois caractères de l'acte, savoir, la supériorité de nature, la priorité objective et l'antériorité au moins logique d'existence.

La connaissance de la cause exemplaire résout toutes ces difficultés. Nous le constaterons mieux, à mesure que nous étudierons cette cause; mais déjà nous sommes en pleine lumière, maintenant que nous savons que la forme, avant d'exister dans le composé, avant d'être contenue dans la matière, a préexisté.

Remarquez bien ma proposition, .le ne dis pas que cette forme individuelle qui existe actuellement dans le composé a préexisté substantiellement la même, et qu'elle n'a fait que s'unir à la matière, lorsque le composé a été produit. Ce serait renverser toute la théorie péripatéticienne de la cause formelle et retomber dans l'erreur platonicienne. Mais je dis qu'avant cette forme qui fait partie du composé, il existe une forme possédant toute la dignité d'être et la perfection ontologique qu'on retrouve dans la forme unie à la matière, une forme principe et cause des propriétés de celle-ci, une forme, enfin, dont celle-ci dérive par voie de sinnlitude et de participation, et à laquelle elle doit toute sa dignité et sa primauté. Étudions avec soin cette nouvelle cause.

st-o-ïGs-a-

Page 1