‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 268 sur 581 · CHAPITRE II. NOTION EXACTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. NOTION EXACTE

vrai dire, la matière y domine, car la forme est bien artificielle et accidentelle. Donc, dans l'idée d'une maison entrent l'idée de matière et l'idée de forme. Mais, chose remarquable! dans cette maison idéale, c'est la forme qui domine, et la matière tend à s'évanouir. En effet, la forme est nettement déterminée et la matière reste indéterminée. Ce n'est ni cette pierre individuelle ni cet arbre particulier, c'est de la pierre et du bois.

.l'entends qu'on me dit : Vous vous trompez; la matière peut être parfaitement déterminée dans la maison idéale, car l'architecte fait déjà choix du marbre et du marbre de telle couleur, du chêne et du chêne de toi nge.

Mais c'est ici le lieu de rappeler la belle remarque de Boèce : le marbre ne se connaît que par sa forme, il ne peut donc entrer dans une pensée qu'en raison de sa forme; et il faut dire la même chose du bois, du fer et des autres matériaux. L'architecte les choisit pour leur beauté et leur solidité, c'est-à-dire pour les propriétés de leur forme. Comme marbre et comme chêne, ces matériaux font donc partie de la forme totale de la maison, si l'on entend par ce mot, non pas simplement son aspect ou sa figure, mais « ce qui fait qu'elle est ce qu'elle est », — forma est id quo ens est id quod est.

Donc, dans cette maison idéale préexistant dans la pensée de l'architecte, tout est forme, sauf une relation essentielle à la matière. Et voilà pourquoi la cause exemplaire est bien nommée une forme objective, principe et cause de la forme informante.

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