Toute cause efficiente complète est intelligente
Résumons encore une fois la discussion précédente.
En traitant de la cause efficiente, nous avions reconnu, comme une vérité absolue, nécessaire, universelle, que l'effet préexiste d'une certaine manière dans sa cause efficiente, causatum est in causa per modum caiisœ. Mais nous ne pouvions dire en quoi consiste cette préexistence. — D'un autre côté, l'étude de la forme nous a conduits à cette autre vérité, universelle et nécessaire, que la forme d'un composé matériel prime en quelque manière le composé, et qu'elle communique à ce composé une certaine préexistence immatérielle. Ou ne peut ccpeiulanl pas admettre (]ue la forme subsiste en elle-même avant d'in-
former le compose, car ce serait accepter les fantômes des néoplatoniciens ; le composé à Fétat immatériel existe donc dans une substance autre que soi.
Ainsi, d'une part, la cause efticiente, cause complète de Tefifet, contient cet effet ; d'autre part, l'effet préexiste en vertu de sa forme à l'état immatériel et dans une substance autre que soi; et ces deux propositions s'unissent entre elles par une naturelle synthèse : le composé préexiste dans la cause efficiente à l'état d'idée.
Synthèse tellement simple et naturelle que par sa simplicité même elle éclaire sa vérité; mais, aussi, synthèse dont on peut démontrer rigoureusement la légitimité. Car s'il est certain, d'une part, que tout ce qu'est l'effet, il le tient de sa cause efficiente ; s'il est certain, d'autre part, que tout ce qu'est ce môme effet, il lest en vertu de sa forme; il faut bien que ces deux causalités aient une substance commune, il faut bien que la cause efficiente vraiment complète contienne la forme, et, en vertu de la forme, le composé lui-même à l'état immatériel. Donc cette cause est elle-même immatérielle ; c'est une substance intelligente.
Nous devons donc considérer comme rigoureusement démontré le théorème suivant : « Toute cause efficiente, complètement cause d'un effet, est nécessairement une nature intelligente qui contient en elle-même son effet à l'état d'idée, avant de le produire hors d'elle-même à l'état concret et matériel. »