CHAPITRE II. NOTION EXACTE
et se laisser aller à des métaphores poétiques. Qui donc regarde les idées pour agir? Souvent une chose est semblable à une autre, sans avoir été produite à son imitation. Que Socrate existe ou qu'il n'existe pas, il peut naître quelqu'un qui soit semblable à Socrate (1). »
Il semblerait, d'après cela, qu'Aristote n'admette pas l'influence universelle de l'idée; mais, si j^examine de près l'exemple choisi par le Philosophe, je remarque qu'il est pris parmi des causes que déjà nous avons rencontrées nous faisant obstacle. Il s'agit ici, en effet, d'une cause univoque. L'homme produit Ihomme, sans que l'idée intervienne; de même, le lion produit le lion, le chêne produit le chêne. Dans tous ces cas, aucune idée ne préside à l'action; mais il s'agit toujours de causes univoques. Il semble même que l'identité de nature entre la cause et l'effet soit le caractère général des causes aveugles; car celui qui voudra analyser les opérations de la nature inerte, reconnaîtra que la plupart des effets, sinon tous, se réduisent à des mouvements produits par des mouvements.
Or, déjà, nous avons appris à nous défier des causes univoques. Déjà nous avons trouvé qu'elles manquaient de certaines qualités convenant aux véritables causes. Elles nous sont apparues sous un aspect amoindri, comme des causes incomplètes.
Par conséquent, sans discuter davantage pour le moment l'objection d'Aiistote, naus pouvons lui donner un laisser-passer jusqu'à plus ample informé. Elle ne prouve, en effet, qu'une chose, c'est que les causes naturelles no sont pas causes au même titre que celles qui agissent avec art et exécutent une idée. Elle laisse sans solution l'alternative suivante : Ou la cause complète ne requiert pas essentiellement l'idée, ou la cause qui agit sans idée n'est pas une cause complète. Entre ces deux solutions nous ne pouvons pas hésiter; tout nous décide, et la ri-
(1) Arislole, Mélapinjs., liv. 1, caj). vu.
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gueur de Fargumentation par laquelle nous avons prouvé la nécessité de l'idée, et la défiance de ces causes masquées que nous trouvons toujours et partout en défaut.