PREFACE
tude, une « disposition vitale », il se résume en trois lignes qui font tableau : « C'est une vie, mais endormie; lorsque le savant touche sa science par un acte de réflexion, elle s'éveille, s'agite et se montre au dehors (1;. »
Le sentiment lui-même trouve le moyen de percer çà et là à travers ces belles élévations où le Père de Régnon épanche magnifiquement son amour (2) envers Dieu ou son admiration pour ses infinies perfections. Aussi je ne m'étonne pas qu'un grand chrétien, M. Alfred Dutilleul, d'Armentières, capable de s'assimiler une forte nourriture intellectuelle (3), ait pu dire en parlant des Études sur la Trinité : « Jamais aucune lecture ne m'a davantage élevé l'esprit et réchauffé le cœur. »
Ce bel ensemble de qualités se ramène à une qualité maîtresse : le style du Père de Régnon est original, naturel, vivant, comme il l'était lui-même. Ceux qui eurent le plaisir de l'approcher se rappellent encore avec délices la vivacité primesautière de son intelligence qui semait la conversation de joyeusetés aimables ou spirituelles, la verve endiablée qu'il mettait parfois à soutenir certaines propositions frisant le paradoxe, la façon pittoresque et animée dont il contait les vieilles histoires de la Vendée militaire, l'entrain communicatif avec lequel il chantait les refrains du passé ou les chansonnettes pétillantes d'es-
(1) Études sui- la Trinité, t. I, p. 15.
(2) Cf. Éludes sur lu Trinité, t.HI,p. 180-182; 445-447; — t. 11, p. 228-232. — Métaphysique des causes, p. 323-324; 442-444; 502-504.
(3) « Pendant plusieurs années;, M. Dutilleiil, en compagnie de son confesseur, M. l'abbé Coulomb et de M. le docteur Vincent, employait deux ou trois soirées de chaque semaine à une lecture rétlécliie et commentée de la Soinine
contre lesgentils Plus tard il lut aussi le beau livre du Père de Régnon
sur la Métaphysique des causes. » (V. Delaporte, Un patron chrétien et apôtre, M. Alfred Dutilleul, dans ]a Revue les Études, t. LXIV, p. 379-380).