‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 304 sur 581 · De la science vraiment positive · texte numérisé non relu

De la science vraiment positive

La maîtresse formule des positivistes est celle-ci : « On ne doit affirmer que ce que l'on observe » ; et cette formule est captieuse.

Si l'on veut dire que, dans les sciences physiques et naturelles, on ne doit affirmer que les faits observés ou les lois d'expérience, et qu'il ne faut pas imaginer autant d'hypothèses et de causes occultes qu'il y a de phénomènes à expliquer, on énonce là le grand et vrai principe de la science d'observation, et j'ai le droit de Vapi^eler science positive, parce que ce mot est, dans cette acception, plus ancien que le Positivisme.

Mais ce principe n'est pas une découverte de M. Comte. Avant lui, Lavoisier le connaissait lorsque, fondant la chimie par la balance, il faisait évanouir les fantômes de l'alchimie. Descartes l'avait déjà mis en honneur dans sa

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méthode. Bacon l'avait préconisé sans lui être fidèle. Donc, ce principe n'est pas un produit du dix-neuvième siècle.

A vrai dire,cen'est pas même un fruildeTespritmoderne, bien qu'on ne cesse de le répéter.

Qui donc a institué la généalogie suivante de la science : parles sens on observe les phénomènes particuliers, par la mémoire on réunit ces phénomènes et on acquiert l'expérience, par l'expérience on acquiert l'art et la science (1)? N'est-ce pas encore Aristote qui enseigne que toute science doit partir de l'expérience?

« Ainsi donc, dit-il, c'est l'expérience qui doit fournir les principes de chaque science... C'est en observant avec soin les phénomènes que les astronomes ont trouvé la science du ciel; et il en est de même pour n'importe quel art ou quelle science (2). »

Enfin, n'est-ce pas ce môme Aristote qui attribue au manque d'expérimentation les vaines hypothèses de ses devanciers?

« La cause, dit-il, pour laquelle leurs systèmes sont faibles, est le manque d'expérience. C'est pourquoi ceux qui sont plus familiarisés avec les sciences physiques sont plus à même de poser des principes qui concordent, et d'établir une théorie qui explique beaucoup de choses. Mais ceux qui n'ont pas observé avec soin et avec détail, se contentent de quelques faits et al'tirment facilement 3). »

La vraie Scolastique est restée fidèle à ces leçons du Maître, et a toujours considéré l'expérience comme « la mère de la Philosophie naturelle (4) ».

Pour ne pas fatiguer le lecteur par une série inutile de citations, je me contenterai de faire parler Suarez interprétant le Maître et résumant l'École, et je laisse à juger si,

(1) Aristote, Métaphys., liv. 1, chap. i.

(2) Id., Premiers analytAq., liv. I, chap. xxx.

(3) Id., /Je la génération, liv. I, chap. ii.

(4) « H.iec opinio adversatur experientiœ, quœ mater est Pliilosophiae >>, dit Fonseca, pour réfuter je ne sais quelle erreur. {Metaph., lib. I, cap. vu, q. 3, sect. 5).

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