‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 306 sur 581 · Du principe de la science expérimentale · texte numérisé non relu

Du principe de la science expérimentale

Non seulement la vraie méthode dans les sciences physiques est la méthode expérimentale, mais il faut encore savoir interpréter l'expérience, sous peine den tirer des conclusions erronées. Nous n'observons que les phénomènes et encore nous ne les observons que par des actions sur nos sens. Tel est le principe qui tient en garde le savant contre les illusions de son imagination, et qui assure à la science une marche rigoureuse.

Principe incontestablement vrai, mais qui n'est pas d'aussi fraîche date qu'on voudrait le faire croire.

Déjà la Scolastique affirmait que l'observation ne peut nous fournir que le phénomène sensible, suivant l'adage : « Objectum sensus est accidens singulare sensibile ». Déjà elle enseignait que la formalité de nos connaissances contient un élément subjectif, suivant cet autre adage : « Quidquid recipitur, recipitur per modum recipientis » .

On enseigne aujourd'hui que les sensations du rouge et du vert sont produites par des mouvements \dbratoires qui ne sont ni rouges ni verts; mais depuis longtemps déjà on savait que la sensation, par elle-même, ne nous fait connaître ni l'essence ni le mode réel d'aucun fait.

Suarez l'enseignait :

Nec censeo inconveniens concedere nullam substantiam cognosci a nobis quidditative in bac vita... De accidentibus vero quae non per se sentiuntur idem dici facile potest : de ils vero quae per se sentiuntur, major haberi potest cognitio, quia per propriam speciem concipiuntur. Sed adhuc illa non videntur quidditative cognosci tanta e?t humani ingenii imbecillitas . Quis enim adhuc satis explicuit quid sit sonus, odor et similia (1)?

Cette doctrine n'est donc pas si moderne: mais ne marchandons pas nos éloges là où ils sont mérités. Je recon-

(1) Suarez, Metaphys., disjj. xxxv, secl. 3, n" 5.

eu. VI. — DKS DÉTRACTEURS DK LA CAUSK EXEMPLAIRE. :333

nais que notre science actuelle a mis en lumière, dune façon remarquable, la distinction entre le subjectif et robjectif, et que sa critique a bien séparé le fait de Ihypothèse, la loi démontrée de la théorie conçue par l'esprit. .l'accorde même que certains savants « positivistes » ont puissamment contribué à ce perfectionnement et à cette épuration de la science. Mais, encore une fois, cette rigueur, cette critique sont les principes de la science positive, et une secte n'a pas le droit d'accaparer ces notions du bon sens et de les affubler du nom barbare de positivisme .

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