De la science moderne
Mais, dira-t-on, si les principes de la science expérimentale étaient si bien connus, d'où vient que l'antiquité et tout le moyen âge aient été plongés dans la plus grossière ignorance par rapport aux sciences qui font la gloire des temps modernes?
Cette question est complexe, et, pour y répondre complètement, le mieux serait de faire toute l'histoire de la science; cependant, pour notre sujet, quelques remarques suffiront.
D'abord, que l'on ait su observer dans l'antiquité, il suffit, pour le prouver, de citer trois noms dans trois sciences différentes : Hipparque, Ari-stote (1), Hippocrate.
En outre, on doit réfléchir que la science des anciens est la science dans sa jeunesse, et la nôtre la science dans l'âge mûr. Il serait donc injuste de comparer les premiers essais d'une étude qui commence aux résultats obtenus après de longs tAtonnements.
Enfin, on peut répondre d'un seul mot : autres temps, autres mœurs; autres préoccupations, autres tendances.
(I) <( Ce qui contribue surtout ù rendre fructueux les immenses travaux du Pliilosophe de Stat;ire, ce fut son esprit à la fois positif, méthodique cl généralisateur. » (Milne-Edwards, Leçons de Physiologie, t. I, p. 37.)
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L'antiquité cultivait les arts, ot ses litres de gloire sont les modèles, dont la perfection désespère nos littérateurs et nos artistes actuels. Le moyen âge défrichait l'Europe et bâtissait des cathédrales que nous ne savons plus môme imiter. A nos siècles industriels les triomphes sur la matière.
Certes, je n'entends pas contester à la science moderne sa brillante auréole. Mon admiration va jusqu'à la stupeur, lorsque je songe aux inconcevables découvertes de notre siècle, et surtout à l'édifice scientifique si beau et si rapidement construit. J'éprouve surtout une joie et un orgueil bien légitimes, en voyant que l'École Française est reine entre ses sœurs. Elle est reine, parce que son esprit est éminemment et naturellement « positif » ; parce qu'elle reste fidèle aux règles de la saine logique; parce qu'elle interroge la nature et ne lui prête pas les réponses de l'imagination; parce qu'elle réprouve les hypothèses sans preuve et les théories qui ne sont qu'ingénieuses; parce qu'elle n'admet pas qu'un mot inventé soit une explication trouvée ; en un mot, parce que sa loi fondamentale est celle-ci : « Ne faire dire aux faits que ce ([u'ils disent ».
Peut-être cette prudence et cette rigueur ralentissentelles parfois sa marche, et permettent-elles à des écoles moins disciplinées de la précéder dans plusieurs découvertes. Mais, malgré tout, elle reste reine, car une théorie nouvelle ne prend définitivement place dans la science que lors([ue la France lui a délivré son placet.