On renvoie à plus tard l'étude du motif
Ce premier chapitre avait pour ])uf unique de définir les diverses expressions relatives à la cause finale, et de préparer la théorie générale do cette cause. Nous avons trouvé dans une œuvre d'art trois intentions et trois fins, et nous avons appris à les distinguer, sans nous inquiéter de savoir si ces fins appartenaient au même cycle de causalité, ou si nous avions afîaire à un système complexe de causes subordonnées.
Il importe actuellement de décider cette question. En effet, dans les livres précédents, nous nous sommes maintenus dans un même cycle de causalité, c'est-à-dire que nous avons étudié les causes immédiates et essentielles d'un effet unique : cause efficiente, cause matérielle, cause formelle, cause exemplaire. Nous devons donc, dans celuici, nous borner à étudier la cause finale immédiate et essentielle de ce même effet, et remettre à plus tard l'étude de ses causes éloignées et médiates.
Cette remarque nous conduit à une intéressante simpli fication. Nous devons écarter la fin de l'ouvrier, finem operantis, parce qu'elle n'est pas une cause immédiate et essentielle de l'effet. Pour établir cette proposition dont le lecteur comprend l'importance, nous avons deux démonstrations, l'une tirée de la cause, l'autre tirée de l'effet.
La première preuve est courte et concluante. La fin de l'ouvrier, avons-nous dit, est une fin vers laquelle court l'ouvrier. Par rapport à cette fin, il est mû par un motif. Or nous n'avons pas ici à rechercher comment l'agent pâtit, mais comment il agit. Nous devons donc renvoyer à une étude ultérieure et la fin de l'ouvrier et le motif de son opération.
La seconde démonstration s'appuie sur un principe dont nous avons déjà fait bon usage. Ce principe est le suivant : tout ce qui est vraiment cause qu'un effet existe, est cause
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qu'il soit ce qu'il existe ; par conséquent, pour s'assurer si l'on est en présence d'une cause essentielle, il suffît de chercher si cette cause influe non seulement sur l'existence, mais encore sur la nature de l'effet. — Eh bien, revenons à Polyclète. C'est, nous a-t-il dit, la passion de la gloire qui le pousse au travail. Mais, si le désir du gain l'avait possédé, ce désir n'aurait-il pas pu le déterminer à exécuter la même statue? Que son motif soit l'argent ou la gloire, sa détermination ne peut-elle pas être la même, et par suite son travail, et par suite encore l'effet résultant? Le motif qui agit sur l'ouvrier ne laisse pas dans l'œuvre son empreinte ; de l'œuvre on ne peut remonter à la fin de l'ouvrier, et lorsque dans les fouilles de Rome on rencontre une statue antique, cette œuvre d'art, en nous révélant que son auteur est un statuaire habile, ne nous apprend rien sur le motif qui la poussé à sculpter.
Donc la fin de « l'ouvrier » n'est pas la cause finale de l'effet, et, dans ce Livre, nous devons concentrer notre attention sur la fin de 1' .< opération » et la fin de « l'œuvre ».