Démonstration de saint Thomas
Omnia agentia necesse est agere propler finem. Causarum enim ad invicem subordinatarum si prima subtrahitur, necesse est alias subtrahi. Prima autem inter omnes causas est causa fmalis. Cujus ratio est, quia materia non consequitur formam, nisi secundum quod movetur ab agente ; nihil enim reducit se de potentia ad actum. Agens autem non movet nisi ex intentione finis; si enim agens non esset determinatum ad aliquem effectum, non magis ageret hoc quam illud. Ad hoc ergo quod determinatum etrectum producat, necesse est quod determinetur ad aliquid certum quod habeat rationem finis |1).
Méditons ce passage. — J'y distingue deux parties : par la première, on prouve que tout effet exige que sa cause soit déterminée à le produire; par la seconde, on enseigne que cette détermination est une intention.
Aifirmons-le d'abord : rien d'indéterminé ne peut exister. Donc l'efiet existant est déterminé, et l'action d"où il résulte est elle-même déterminée. Or cette détermination ne peut provenir de la matière qui par elle-même est passive ; elle provient de l'agent. Donc, pour qu'un effet existe, il faut que sa cause efficiente soit dctermiQée à le produire; et cette détermination dans la cause précède, au moins par une priorité de raison, la détermination de l'effet. Voici un premier point acquis.
Il faut, disons-nous, que l'agent soit déterminé à telle action en particulier. Or deux cas se présentent, comme saint Thomas le remarque au même lieu : ou bien l'agent est déterminé par autrui, ou bien il se détermine soi-même (2). Si l'agent est déterminé par autrui, sa détermination est passive et le résultat d'une action supérieure; dans ce cas, pour avoir la raison totale de la détermination de l'agent
(1) s. Thomas, P' II*, q. 1, art. 2.
(2) Taiiien consideranduni est, quod aliquid sua actione vel moiu tendit ad fineni dupliciter : uno modo, sicut scipsum ad finem niovens, ut homo; alio modo, sicut ab alio raotum ad finem. [Eod. loc.)
CHAP. II. NÉCESSITÉ MÉTAPHYSIQUE DE l'iNTENTION. 361
et de la détermination de l'effet, il faut remonter jusqu'à une cause qui se détermine elle-même. Nous devons écarter cette première hypothèse dans une étude où nous considérons une cause vraiment complète, et, par conséquent, transformant notre première proposition, nous l'énoncerons comme il suit :
« Pour qu'un eli'et existe, il faut que sa cause se détermine à le produire. »
Mais que peut être cette détermination de l'agent par soi-même? Ce ne peut être une modification de nature ou d'état éprouvé par l'agent ; car rien ne se meut soi-même d'un mouvement réel. D'ailleurs, la cause efficiente, ne changeant point par son action, reste identiquement la même, avant, pendant et après l'action; et, par conséquent, quelque déterminée qu'elle soit en elle-même, son action reste encore indéterminée. Aussi, remarquez avec quelle exactitude s'exprime saint Thomas. Il ne dit pas simplement : « Il faut que l'agent soit déterminé », ce qui semblerait indiquer une détermination de nalure ; mais : « Il faut que l'agent soit déterminé à son effet », ce qui revient à dire : « Il faut que la détermination de l'effet soit déjà dans sa cause ».
C'est ici le lieu de rappeler le grand axiome : Causatum est in causa per modum causœ, la détermination de l'effet est dans la cause à l'état de cause. Elle y est, n'altérant ni la nature ni l'état de la cause, mais définissant l'efiet et déterminant sa production.
Se déterminer à un effet est donc dans la cause un acte immanent dont le terme est extérieur. Or c'est précisément la définition d'un acte de volonté. Donc la cause adéquate à son effet est un être doué de la faculté de vouloir; sa détermination, en tant qu'elle existe en lui, est une intention, et le terme de cette intention est une fin projetée. Voilà pourquoi saint Thomas, après avoir dit que l'agent est déterminé à quehpic chose de précis, ajoute que ce terme est dans l'ordre de la cause finale : « Necesse est