CHAPITRE m. SA NATURK
actuelle et indépendante dans les autres ordres de causalités.
Qu'on ne s'y méprenne donc pas. La cause efficiente seule subsiste en soi, seule existe par soi-niême, et les autres causes ne sont pas des êtres ayant une existence qui leur soit propre. L'erreur des Platoniciens a été de croire à la subsistance propre de la cause exemplaire. Ne tombons pas dans une méprise semblable au sujet de la cause finale. Cette cause n'a pas de subsistance propre. Dans son concept formel, elle reste toute intentionnelle, comme l'ordre même qu'elle constitue.
Cette remarque nous fait pénétrer plus avant dans la connaissance de la cause finale. Une intention, ai-je dit, est un acte de volonté, par lequel on veut qu'une chose qui n'est pas encore parvienne à l'existence. Or l'acte de vouloir est une réalité actuellement existante. Cet acte appartient donc à l'ordre des existences, comme la cause efficiente, et nous aurons à les comparer ensemble. Mais pour le moment je me contente d'en déduire que la cause finale n'est pas précisément l'acte de vouloir, ou l'intention considérée comme une volition existante.
Le terme de l'intention, c'est-à-dire l'objet voulu, telle est formellement la cause finale. Avant l'intention, cet objet était dans l'ordre purement idéal, pouvant exister, mais parfaitement indifférent à l'existence. Par l'intention, il acquiert une relation positive à l'existence, puisque l'intention décide ([u'il existera. Primitivement terme d'une pensée, il devient terme d'un vouloir, et par suite il deviendra terme d'une opération.
Ainsi, l'ordre intentionnel est intermédiaire entre l'ordre idéal et l'ordre effectif. Dire que tout effet résulte d'une intention, c'est dire que tout effet est dans l'ordre intentionnel, avant <jue d'être dans l'ordre effectif. On doit donc donner de la cause finale la délinition suivante :
« La cause finale n'est pas autre chose que le terme de l'intention considéré dans l'ordre intentionnel. »
370 LIVRi: VI. CAUSK FINALE.