LIVRE VI. CAISK FINALE
nous pouvons au moins en retenir cette incontestable vérité que tous les êtres que nous pouvons connaître sont caractérisés par une activité propre. « Car on ne peut pas môme concevoir ce que serait un être totalement inactit'(l). »
Il en résulte que si une cause produit un eilet qui mérite vraiment le nom d'être, elle produit par là même un être actif, une cause. Pour éviter la confusion, j'appelle « cause première » celle qui produit l'être actif, et « cause seconde » cet être actif lui-même; je déduis de là trois belles conséquences :
1° Dans l'ordre de la causalité efficiente.
Si Tactivité est une propriété essentielle d'un être quelconque, il faut bien lui reconnaître la même source qu'à cet être lui-même. Donc la cause première en constituant et conservant la cause seconde, constitue et maintient son activité. Donc la cause première, non seulement fait que la cause seconde existe, mais encore qu'elle cause. Donc l'influence active de la cause première ne se termine pas à produire la cause seconde, mais se poursuit jusqu'à la production de l'effet qui résulte de cette cause seconde. Tel est le sens profond du grand adage : Causa causœ est causa causati. Mais remettons à plus tard cette haute question.
2" Dans l'ordre de la causalité exemplaire.
« L'idée d'acte, dit Aristote, précède logiquement l'idée de puissance. Car c'est par l'idée de l'acte qu'on se forme l'idée de puissance. Ainsi, je nomme constructeur celui qui peut construire, voyant celui qui peut voir, visible ce qui peut être vu. Il en est de même toujours, de telle sorte qu'il est de toute nécessité que la notion et la définition de l'acte précèdent la notion et la définition de la puissance (2). »
(l)Nihil eniin agens ne cogitari quideni potesl qualc sit. {Cicero, I, Acad., lib. H, § 12).
(2) Arislole, Mélaphys., liv. IX, cIj. viii.