Indépendance de ces deux fins
Cependant il ne faut pas unir ces deux fins jusqu'à les confondre. Je sais bien qu'on ne peut vouloir un acte sans vouloir la puissance active dont il dépend. On ne peut vouloir un échauflement sans une puissance échauffante, ni l'existence de la fonction sans l'existence de l'organe.
.Mais la réciproque n'est pas de même nécessité. Lors-
(1) Arislolo, Du ciel, liv. Il, di. m.
(2) S. Thomas, I' U'", q. :i, art. 2.
374 LIVRi: VI. CAUSE mnalk.
qu'une puisS(aiice est séparable de son acte, on peut vouloir la réalisation de la puissance, sans décréter par cela même la mise en action de cette puissance.
Demandez-vous la preuve de cette assertion? elle est courte et péremptoire. Toute réalité existante peut être le terme formel d'une intention. Or une puissauce active peut réellement exister sans agir, puisque « agir » ne suit pas nécessairement « pouvoir agir ». Donc l'activité peut être voulue sans que par là même l'action soit voulue. Dieu qui a fait l'homme capable de rire, n'a jamais commandé à l'homme de rire.
Ainsi, dans l'activité de la cause seconde, il faut distinguer le principe et le ternie. Le principe est la puissance active, propriété constitutive de l'être ; le terme est l'acte ou l'action de cette puissance. De là un double rapport à la causalité finale, une double intention qu'il faut se garder de confondre, savoir l'intention qui veut la puissance active, et l'intention qui veut son acte ou son action.
L'intention qui veut la puissance active met en branle la cause première efficiente afin de produire cette activité, et dirige son action jusqu'à ce que la cause seconde soit constituée. Lorsqu'on demande powquoi la cause première opère, on doit répondre : C'est pour produire un être « actif », une œuvre « capable » d'agir d'une certaine fa (.on. — Opiis est finis operationis .
L'intention qui veut l'action de la cause seconde met en branle cette puissance déjà constituée, et la pousse vers l'acte qui est le but de son activité. Lorsqu'on demande pourquoi la cause seconde entre en mouvement ou produit une action, on doit répondre : C'est pour réaliser l'opération dont elle est capable. — Operatio est finis operis.
J'engage le lecteur à bien se pénétrer de cette distinction entre les deux intentions qui ont pour ternies, l'une la fin de V opération cons,i\i\xi\\& de l'œuvre, et l'autre la ^/i f/e /'o3Mi7v? constituée ; car cette distinction intervient dans les plus hautes questions philosopiiiques et théologiques.