De la bonté relative
La bonté est dans les choses. Mais, si elle est inséparable de leur être, elle s'en distingue par une relation de convenance, et c'est même cette relation qui précise le concept formel de la bonté. En outre, cette relation est réelle, en ce sens qu'elle existe par l'existence même de ses extrêmes. Par sa nature même, telle chose est bonne ou mauvaise à telle autre chose.
Si donc on rapproche l'un de l'autre deux êtres quelconques, on rencontrera l'un des trois cas suivants : ou convenance, ou disconvenance, ou ni convenance ni disconvenance.
Par suite, en présence de chose quelconque qui lui soit présentée, l'être, capable de tendre vers ce qui lui con-
(1) « Le faux et h', vrai ne sont pas dans les choses, comme si le bien était le vrai el le mal le faux, mais dans l'espiil. » 'Aristolc, fllétapfiys., liv. VI, cil. II, à la lin.)
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vient, manifestera ou appétence, ou répugnance, ou indifférence. L'agneau suit la ])rebis, fuit le loup et passe sans émotion près du bœuf.
Il y a plus : une môme chose peut être à la fois bonne et mauvaise pour un même être. Au malade, le remède est mauvais par son amertume, et bon par son efficacité. Réciproquement, une môme chose, par la môme qualité, peut être bonne ou mauvaise relativement à des êtres différents. La lumière est bonne à l'aigle, mauvaise au hibou, ni bonne ni mauvaise à la pierre.
Par ces exemples, on voit combien souvent la bonté est relative, et combien la convenance dépend à la fois des deux termes.
Ajoutons, pour être complet, que cette bonté relative est tantôt naturelle, tantôt accidentelle; le pain est bon à l'homme, une planche est bonne au naufragé.